Kongo Central : le feuilleton du perchoir de l’Assemblée provinciale loin de connaître son épilogue politique (Analyse)

Ntemo
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Au Kongo Central, l’arrêt de la Cour constitutionnelle réhabilitant Papy Mantezolo Diatezua à la tête de l’Assemblée provinciale n’a pas refermé la crise. Il l’a déplacée. Là où certains espéraient un retour à la stabilité institutionnelle, la province semble plutôt entrer dans une nouvelle séquence de tensions politiques, où le droit constitutionnel se heurte désormais à une réalité autrement plus complexe : celle du rapport de force politique.

Car derrière cette décision judiciaire se joue bien plus qu’une simple question de légalité administrative. Depuis plusieurs mois, le perchoir de l’Assemblée provinciale est devenu l’épicentre d’une bataille silencieuse pour le contrôle de l’appareil institutionnel provincial. Et dans cette guerre de positionnement, chaque camp avance désormais avec ses relais politiques, ses stratégies d’influence et ses calculs de survie.

La Cour constitutionnelle a certes annulé les actes ayant conduit à la destitution et à la suspension de Papy Mantezolo. En droit, l’élu de Luozi retrouve donc pleinement ses prérogatives. Mais dans les couloirs politiques de Matadi, une autre vérité s’impose : une décision de justice ne suffit pas toujours à reconstruire une majorité politique.

Une réhabilitation juridique face à une majorité politique incertaine

C’est précisément là que se situe le nœud de cette crise. Depuis la chute du bureau Mantezolo et l’installation du bureau dirigé par Victor Nsuami Mpaka, les équilibres internes de l’Assemblée provinciale ont profondément évolué. Plusieurs députés provinciaux, qui avaient soutenu sa destitution en octobre 2025 sur fond d’accusations de gestion opaque et de tensions internes, ne cachent plus leur hostilité à son retour.

Le problème est donc double : juridiquement, Papy Mantezolo est réhabilité ; politiquement, son autorité reste contestée par une partie significative de l’hémicycle. Or, dans une institution parlementaire, la survie d’un président dépend moins de son titre que de sa capacité à conserver une majorité stable autour de lui.

Les manifestations organisées à Matadi par des militants et sympathisants de l’UDPS illustrent d’ailleurs la profondeur de cette fracture. En descendant dans la rue pour dénoncer la décision de la Cour constitutionnelle et soutenir Victor Nsuami Mpaka, ces militants ont transformé une crise institutionnelle en véritable tension politique populaire.

Ce détail est loin d’être anodin. Car lorsque la rue commence à s’inviter dans les querelles parlementaires, le risque de radicalisation devient réel. La bataille du perchoir quitte alors le strict terrain juridique pour devenir une question de légitimité politique et de contrôle symbolique du pouvoir provincial.

Dans ce contexte, plusieurs observateurs redoutent déjà un scénario explosif : celui d’une nouvelle motion contre Papy Mantezolo après son éventuelle réinstallation officielle. Une hypothèse qui circule avec insistance dans les milieux politiques de Matadi, tant certains députés semblent déterminés à empêcher durablement son retour aux commandes de l’Assemblée provinciale.

Derrière le perchoir, la bataille du gouvernorat

Mais réduire cette crise à une simple rivalité entre bureaux parlementaires serait une lecture incomplète. En réalité, le feuilleton du perchoir cache un autre affrontement, beaucoup plus stratégique : celui du rapport entre l’Assemblée provinciale et le gouvernorat dirigé par Grâce Nkuanga Masuangi Bilolo.

Grâce Nkuanga Masuangi Bilolo, gouverneur du Kongo Central

Depuis l’arrivée du bureau Nsuami, plusieurs signaux ont laissé apparaître un durcissement du contrôle exercé sur l’exécutif provincial. Réquisitoires évoqués autour de la Cour de cassation, pression autour de certains dossiers financiers, commission ad hoc, climat de surveillance autour de la gestion provinciale : progressivement, l’Assemblée semblait adopter une posture plus offensive face au gouvernorat.

À l’inverse, certains détracteurs de Papy Mantezolo l’accusent d’avoir entretenu, lorsqu’il dirigeait l’Assemblée, des relations plus conciliantes avec l’exécutif provincial. Une perception, qu’elle soit fondée ou non, nourrit aujourd’hui les résistances autour de sa réhabilitation et alimente un récit politique déjà bien installé dans certains milieux : celui d’un retour qui profiterait indirectement au gouvernorat.

C’est ici que le dossier prend une dimension encore plus sensible. Parce qu’au-delà des procédures judiciaires et des querelles internes, la bataille du perchoir devient progressivement une bataille autour du contrôle politique de la province, de la surveillance des finances publiques et du rapport de force avec l’exécutif provincial.

Pendant ce temps, le gouverneur Grâce Bilolo lui-même reste confronté à plusieurs fronts délicats, entre réquisitoires évoqués au niveau de la Cour de cassation, interpellations autour des finances provinciales et attention particulière de la Cour des comptes. Autrement dit, la tension qui secoue actuellement l’Assemblée provinciale pourrait rapidement déborder vers l’ensemble de l’architecture institutionnelle du Kongo Central.

Ainsi, malgré l’arrêt de la Cour constitutionnelle, le feuilleton politique autour du perchoir provincial paraît encore loin de son épilogue. Car au Kongo Central, la véritable bataille ne porte plus uniquement sur la question de savoir qui préside l’Assemblée provinciale. Elle porte désormais sur une interrogation beaucoup plus profonde : qui contrôle réellement les leviers politiques et institutionnels de la province ?

Josué Muleli

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