Affaire des péages : Grâce Bilolo répond à Kinshasa et assume son arrêté sur le suivi des recettes

Face aux critiques du gouvernement central, Grâce Bilolo défend la légalité de l’implication du Kongo-Central dans le suivi des recettes de la RN1.

Ntemo
By

Le gouverneur du Kongo Central, Grâce Nkuanga Masuangi Bilolo, apporte sa réponse au gouvernement central dans le dossier sensible des péages de la RN1 Kinshasa–Matadi. Dans une correspondance officielle datée du 5 mai 2026, l’autorité provinciale répond au ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, qui exigeait l’annulation d’un arrêté provincial controversé sur le suivi des recettes de péage et de pesage.

Accusant réception de cette injonction, Grâce Bilolo affirme avoir pris connaissance « avec regret » de la lettre du ministre. Le gouverneur conteste aussitôt les accusations d’illégalité formulées par Kinshasa et défend la conformité de son arrêté avec les textes régissant la concession de la route nationale n°1.

Dans son argumentaire, le chef de l’exécutif provincial renvoie le ministère à ses propres archives, évoquant plusieurs documents officiels, notamment le contrat de concession signé avec le groupement SOPECO/CREC-7 ainsi que différents procès-verbaux des réunions d’évaluation organisées entre les parties prenantes autour de la gestion de cet axe routier stratégique.

Grâce Bilolo cite notamment l’article 34 du cahier des charges modifié en 2015, selon lequel le contrôle de la concession est assuré conjointement par les services désignés par le gouverneur du Kongo Central et ceux du ministère des Travaux publics. Pour l’autorité provinciale, ce dispositif établit clairement une implication légale de la province dans le suivi des activités liées aux péages et au pesage.

Le gouverneur invoque également l’article 203 de la Constitution, qui traite des compétences concurrentes entre le pouvoir central et les provinces, notamment en matière de circulation routière, d’infrastructures et de perception des péages. Selon lui, ces dispositions consacrent le droit du Kongo-Central à exercer un regard sur les recettes générées par la RN1.

Dans sa lettre, Grâce Bilolo insiste toutefois sur le fait que son arrêté ne remet nullement en cause le rôle du concessionnaire SOPECO dans la perception des recettes. Il affirme plutôt vouloir renforcer les mécanismes de contrôle, de transparence et de traçabilité des fonds collectés sur cette route nationale à forte portée économique.

Au-delà du débat juridique, cette affaire révèle une tension croissante entre Kinshasa et Matadi autour du contrôle des ressources générées par les infrastructures stratégiques. La RN1 Kinshasa–Matadi constitue en effet l’un des principaux corridors commerciaux de la République démocratique du Congo, reliant la capitale au port maritime de Matadi.

Pour plusieurs observateurs, cette confrontation note les limites de la décentralisation congolaise et les divergences persistantes entre le pouvoir central et les provinces sur la gestion des recettes publiques. Le dossier pourrait ainsi évoluer vers un contentieux politico-administratif aux implications nationales.

Cette réponse du gouverneur intervient après la correspondance adressée le 4 mai 2026 par le ministre des Infrastructures, John Banza Lunda, qui considérait l’arrêté provincial comme une violation des compétences exclusives du pouvoir central en matière de gestion des infrastructures routières d’intérêt national. Kinshasa exigeait alors son annulation immédiate, dénonçant un empiètement sur les prérogatives de l’État central.

Josué Muleli

Share This Article