Présumées irrégularités budgétaires au Kongo Central : la Cour des comptes poursuit Grâce Bilolo et son ministre des Finances

La justice financière ouvre un nouveau front contre l’exécutif provincial du Kongo Central.

Ntemo
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Un nouveau séisme institutionnel secoue le Kongo Central. Déjà fragilisé par une succession de tensions politiques et judiciaires, l’exécutif provincial se retrouve désormais confronté à l’offensive de la Cour des comptes, qui a décidé d’engager des poursuites contre le gouverneur Grâce Nkuanga Masuangi Bilolo et le ministre provincial des Finances, Jos Luyeye Ndokolo.

Dans des correspondances officielles datées du 7 mai 2026, le Parquet général près la Cour des comptes annonce l’ouverture d’une procédure judiciaire visant les deux responsables provinciaux pour des faits présumés de « gestion de fait », une infraction encadrée par les articles 7 point 11 et 124 alinéa 2 de la loi organique portant organisation et fonctionnement de cette haute juridiction financière.

Selon les documents consultés, le dossier a été orienté vers la Chambre des comptes déconcentrée de Kinshasa, conformément aux dispositions légales en vigueur. Les deux personnalités devraient être entendues dans les prochains jours dans le cadre d’une instruction qui s’annonce particulièrement sensible au regard du climat politique déjà électrique dans la province.

À travers cette procédure, la Cour des comptes entend visiblement imposer son magistère sur la gestion des finances publiques provinciales. L’institution évoque des irrégularités relevées lors de l’examen des rapports d’exécution budgétaire, laissant planer de lourdes interrogations sur certains mécanismes de gestion au sommet de l’appareil provincial.

Dans sa notification adressée au gouverneur Grâce Bilolo, le Parquet général rappelle que celui-ci dispose du droit de se faire assister par un conseil de son choix tout au long de la procédure. Des copies des correspondances ont également été transmises au Premier président de la Cour des comptes, au président de l’Assemblée provinciale du Kongo Central ainsi qu’au greffier en chef de cette juridiction financière.

Cette nouvelle séquence judiciaire intervient dans un contexte déjà saturé de crispations institutionnelles. En l’espace de quelques semaines, le gouverneur du Kongo Central a dû faire face à une interpellation parlementaire, à des réquisitoires émanant de la Cour de cassation et désormais à une procédure portée par la Cour des comptes.

À mesure que les fronts judiciaires se multiplient, le pouvoir provincial donne l’impression d’évoluer sur une ligne de crête, entre défense politique et pression juridictionnelle. Dans les couloirs de l’Assemblée provinciale comme dans les états-majors politiques, cette affaire alimente déjà les spéculations sur une possible reconfiguration du rapport de forces au sein de la province.

Au Kongo Central, la tempête institutionnelle semble désormais changer de dimension. Et derrière les formulations techniques de « gestion de fait », c’est toute la question de la gouvernance financière provinciale qui se retrouve brutalement projetée sous les projecteurs de la justice.

Exode Manonga

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