Au Kongo Central, la bataille autour du perchoir de l’Assemblée provinciale est en train de changer de dimension. Longtemps cantonnée à une confrontation politico-judiciaire autour de la réhabilitation de Papy Mantezolo Diatezua, la crise menace désormais d’avoir des répercussions directes sur le traitement des dossiers visant le gouverneur Grâce Bilolo.
Le calendrier politique provincial place aujourd’hui les institutions dans une zone de fortes turbulences. D’un côté, le bureau actuellement dirigé par Victor Nsuami Mpaka maintient la tenue d’une plénière ce mercredi 13 mai 2026 afin d’examiner le rapport de la commission spéciale chargée d’analyser le réquisitoire du Procureur général près la Cour de cassation contre le gouverneur de province. De l’autre, Papy Mantezolo, réhabilité par la Cour constitutionnelle, affirme que ce bureau est désormais « caduc » et prépare activement sa reprise du perchoir.
Derrière cette confrontation se dessine une question institutionnelle majeure : quelle sera la valeur politique et potentiellement juridique des décisions prises par une Assemblée dont la direction est ouvertement contestée par celui qui se considère comme le président légal de l’institution ?
Une course contre le temps institutionnel

Le timing de cette crise n’a rien d’anodin. Alors que le bureau Nsuami accélère les procédures autour du dossier du gouverneur, le camp Mantezolo tente simultanément d’imposer l’exécution rapide de l’arrêt de la Cour constitutionnelle. À Matadi, beaucoup y voient désormais une véritable course contre la montre.
Car si Papy Mantezolo parvient à reprendre effectivement le contrôle du perchoir dans les prochains jours, la dynamique politique au sein de l’Assemblée provinciale pourrait être profondément reconfigurée. Certaines voix estiment déjà que le retour de l’ancien président pourrait modifier les rapports de force autour des procédures visant l’exécutif provincial.

Ce débat est d’autant plus sensible que plusieurs observateurs reprochaient au bureau Mantezolo une relative discrétion dans le contrôle de l’action gouvernementale avant sa destitution, contrairement au bureau Nsuami qui, ces derniers mois, a multiplié commissions, interpellations et initiatives autour de la gestion provinciale.

Dans ce contexte, la plénière annoncée pour examiner le dossier du gouverneur prend une dimension hautement stratégique. Au-delà du simple examen d’un rapport parlementaire, c’est désormais la légitimité même des actes posés par le bureau actuel qui risque d’être soumise au débat politique.
Vers une crise de double légitimité ?

Le paradoxe est désormais total au sommet de l’Assemblée provinciale. Pendant que le bureau actuel affirme attendre la notification officielle de la Cour constitutionnelle avant toute application de l’arrêt, Papy Mantezolo soutient au contraire que cette décision est déjà exécutoire et que la notification peut être assurée par voie d’huissier de justice.
Résultat : deux lectures opposées de la même décision judiciaire coexistent désormais dans une institution appelée à traiter l’un des dossiers politiques les plus sensibles de la province. Cette situation fait émerger le risque d’une crise de double légitimité. D’un côté, un bureau qui continue d’exercer effectivement le pouvoir institutionnel et convoque des plénières ; de l’autre, un président réhabilité par la Haute Cour qui considère ce même bureau comme inexistant juridiquement.

À mesure que les heures avancent, une interrogation devient de plus en plus centrale dans les cercles politiques du Kongo Central : si demain des décisions importantes sont prises contre le gouverneur par le bureau actuel, pourront-elles être contestées ou fragilisées par le retour annoncé de Papy Mantezolo ?Plus les positions se radicalisent, plus la frontière entre crise institutionnelle et affrontement politique semble se réduire au sommet des institutions provinciales.
Derrière les procédures, les déclarations et les batailles d’interprétation juridique, le Kongo Central semble désormais engagé dans une séquence où la crise du perchoir ne menace plus seulement la stabilité de l’Assemblée provinciale, mais désormais l’ensemble de l’architecture politique et institutionnelle de la province.
Josué Muleli
