La décision rendue le 12 août 2026 par la Cour constitutionnelle ouvre une nouvelle séquence dans la crise qui secoue depuis plusieurs mois l’Assemblée provinciale du Kongo Central. En précisant que Papy Mantezolo Diatezua est le bénéficiaire direct de l’arrêt R.Const. 2629 du 7 mai 2026, la Haute Cour clarifie la portée de sa précédente décision, sans pour autant régler l’ensemble des questions institutionnelles nées de cette crise.
Cette clarification consacre le retour de Mantezolo à la présidence de l’Assemblée provinciale. Mais elle ne vaut pas, à elle seule, nouvelle élection de l’ensemble du bureau. Dans les éléments communiqués, la décision du 12 août ne remet pas directement en cause les quatre autres membres : Pierre Kabangu, vice-président, Billy N’tunga, rapporteur, Guylain Phanzu, rapporteur adjoint, et Rachel Diazanguka, questeure.
La nouvelle configuration présente ainsi une particularité institutionnelle : un président réhabilité par la justice appelé à travailler avec des membres du bureau issus d’une séquence politique différente, sous la présidence de Victor Nsuami Mpaka, élu à la tête de l’Assemblée en octobre 2025. C’est précisément cette cohabitation qui pourrait constituer le prochain point de tension, mais aussi le premier test de la capacité de l’institution à tourner la page de la crise.
Le verdict de la Cour constitutionnelle apporte une réponse juridique à une question précise. Il ne suffit toutefois pas à dissiper les divergences politiques accumulées au fil des mois. La réhabilitation de Mantezolo règle une question de droit ; elle ne règle pas automatiquement une question de confiance entre les acteurs.
L’enjeu est désormais de savoir comment cette nouvelle configuration sera concrètement mise en œuvre. Le retour du président réhabilité devra s’articuler avec le maintien des autres membres du bureau, dans le respect des règles qui encadrent le fonctionnement de l’Assemblée provinciale. Toute nouvelle confrontation pourrait prolonger la paralysie institutionnelle, tandis qu’une reprise du travail parlementaire ouvrirait la voie à une stabilisation.
Cette stabilisation apparaît d’autant plus nécessaire que l’Assemblée provinciale ne se résume pas à son bureau. Elle doit notamment exercer sa fonction législative, examiner les questions budgétaires et assurer le contrôle de l’action de l’exécutif provincial. La persistance d’un contentieux au sommet de l’institution risque donc de peser directement sur l’accomplissement de ces missions.
Le maintien des quatre autres membres du bureau aux côtés de Mantezolo pourrait, dans ce contexte, devenir un test grandeur nature de la capacité des institutions provinciales à fonctionner malgré les divergences politiques. La question ne sera plus seulement celle de la légitimité de chacun, mais celle de leur aptitude à faire prévaloir la continuité institutionnelle sur les antagonismes.
Pour les différents protagonistes, la prochaine étape sera donc déterminante. La mise en œuvre effective de la décision de la Cour, la reprise éventuelle des travaux et le comportement des membres du bureau permettront de mesurer si le verdict du 12 août constitue réellement un tournant ou simplement un nouvel épisode d’un feuilleton institutionnel loin d’être achevé.
Au fond, la Cour constitutionnelle a clarifié le droit applicable à Mantezolo ; la pratique institutionnelle devra désormais démontrer si cette clarification peut produire de la stabilité. C’est sur ce terrain que se jouera la suite de la crise au sein de l’Assemblée provinciale du Kongo Central.
Après plusieurs mois de turbulences, l’enjeu dépasse ainsi la seule question de savoir qui occupe le fauteuil présidentiel. Il s’agit désormais de déterminer si l’Assemblée provinciale peut retrouver son rythme de travail, exercer pleinement ses prérogatives et répondre aux attentes des populations du Kongo Central.
Josué Muleli
