Kongo Central : hausse des frais scolaires, le calcul du ministre se heurte au portefeuille des parents

Frais scolaires au Kongo Central : entre calcul administratif et réalité des ménages

Ntemo
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Au Kongo Central, la polémique sur les frais scolaires ne se joue plus seulement sur une feuille d’arrêté. Elle se joue désormais entre deux réalités qui peinent à se rejoindre : celle des chiffres alignés par l’administration et celle des billets comptés, parfois un à un, par des familles dont les revenus restent fragiles. Alors que la hausse des frais scolaires pour l’année 2026-2027 continue de susciter des réactions, les explications du ministère provincial de l’Éducation tentent de ramener le débat à une lecture arithmétique des montants.

L’arrêté signé le 18 septembre par le gouverneur Grâce Nkuanga Masuangi Bilolo fixe notamment à 69.200 francs congolais les frais du premier trimestre pour la maternelle ainsi que les 7ᵉ et 8ᵉ années de l’éducation de base. Les montants varient ensuite selon les filières, jusqu’à 82.200 francs pour la technique industrielle au premier trimestre. Le ministère provincial défend ces chiffres en invoquant notamment l’amélioration de la qualité de l’enseignement et des conditions d’apprentissage.

Pour expliquer la charge mensuelle, le ministre provincial de l’Éducation, Jean Ndombasi Kimboko, avance notamment un calcul qui ramène certains frais trimestriels à environ 23.000 francs par mois. Sur le papier, l’opération paraît simple. Mais c’est précisément cette approche qui risque de laisser de côté une donnée moins comptable : la valeur réelle de 23.000 francs dans le budget d’un ménage. Pour certaines familles vivant du petit commerce ou d’activités aux revenus irréguliers, cette somme peut représenter une partie du capital destiné à acheter des marchandises, à relancer une activité ou simplement à assurer les dépenses quotidiennes.

Le ministre provincial/KC de l’Éducation, Jean Ndombasi Kimboko

Le malaise tient donc moins à la division d’un montant trimestriel par trois qu’à ce qu’elle ne dit pas. Dans une province où tous les ménages ne disposent pas d’un revenu fixe, une dépense scolaire supplémentaire ne se mesure pas uniquement en francs, mais en arbitrages. Payer l’école peut signifier différer l’achat de marchandises, réduire une autre dépense essentielle ou puiser dans une petite réserve destinée à faire fonctionner une activité familiale. Pour celui qui compte en milliers de francs, 23.000 francs ne sont pas une abstraction comptable : c’est une somme qui a une destination.

Sur l’origine de l’arrêté, le ministère provincial explique par ailleurs que le texte est l’aboutissement d’un processus auquel ont participé plusieurs acteurs. Selon les explications rapportées par l’ACP, des représentants des parents ont pris part à la sous-commission administrative et financière ayant contribué à la formulation de la proposition. L’Association des parents d’élèves des écoles conventionnées catholiques affirme ainsi que l’arrêté « n’est pas tombé du ciel ». Le texte a ensuite été adopté et signé au niveau provincial.

Reste cependant la question qui échappe aux tableaux administratifs : la soutenabilité de ces frais pour les familles. La participation de représentants des parents au processus ne signifie pas mécaniquement que chaque ménage se reconnaît dans les montants arrêtés. Entre la logique institutionnelle, qui cherche à justifier une dépense par son équivalent mensuel, et celle des familles, qui doivent trouver effectivement l’argent, subsiste un écart que les explications officielles ne suffisent pas encore à combler. Au Kongo Central, la controverse sur les frais scolaires rappelle ainsi une évidence souvent perdue dans les calculs : derrière chaque montant fixé par arrêté se trouve un parent qui, lui, doit réellement le payer.

Josué Muleli

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