Kongo Central : des députés accusent certains acteurs politiques de vouloir étouffer des dossiers de détournement

Au Kongo Central, des députés provinciaux dénoncent une instrumentalisation politico-judiciaire autour des dossiers présumés de détournement des deniers publics.

Ntemo
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Le climat politique se durcit davantage au Kongo Central. Réunis ce jeudi 14 mai 2026 au sein d’un caucus, plusieurs députés provinciaux ont signé une déclaration au ton exceptionnellement corrosif, dénonçant ce qu’ils considèrent comme une tentative méthodique d’étouffement des dossiers liés aux présumés détournements de deniers publics au sommet de la province.

Loin d’un simple exercice de communication politique, cette sortie publique ressemble à une véritable mise en accusation d’un système que ces élus jugent désormais gangrené par des interférences politico-judiciaires. Dans une atmosphère institutionnelle déjà électrique, les députés parlent d’un « recul inquiétant des principes de bonne gouvernance » et d’une justice qui risquerait, selon eux, d’être dévoyée au profit d’intérêts particuliers.

La déclaration a été lue par le député provincial Guylain Panzu Tsasa Mangovo, rapporteur adjoint du bureau dirigé par Nsuami. Face à la presse, l’élu a défendu une posture qu’il présente comme un impératif moral et constitutionnel : « garder le silence reviendrait à devenir complice ».

Au cœur de cette tempête politique figure Mantezolo Diantezua Papy, récemment réhabilité à la présidence de l’Assemblée provinciale malgré des poursuites évoquées par le parquet général près la Cour de cassation pour des faits présumés de détournement des deniers publics. Les députés signataires rappellent également que l’élu aurait été interpellé alors qu’il tentait de rejoindre clandestinement Brazzaville, ce qu’ils interprètent comme une volonté manifeste d’échapper à la justice congolaise.

Mais au-delà du cas individuel de Papy Mantezolo, c’est tout un mécanisme institutionnel que ce caucus dit voir se dessiner. Les élus dénoncent une « réhabilitation politiquement orientée », estimant que certaines décisions récentes viseraient moins à restaurer l’ordre légal qu’à construire un rempart de protection autour de personnalités citées dans des dossiers financiers explosifs.

Les députés vont encore plus loin en contestant les conditions de réinstallation du président réhabilité. Ils évoquent une procédure entachée d’irrégularités, affirmant que l’huissier ayant procédé à l’opération ne disposait pas d’un ordre de mission régulier émanant de la Cour constitutionnelle. Une accusation lourde, qui alimente davantage les soupçons d’une crise institutionnelle alimentée en coulisses.

Dans leur déclaration, les élus provinciaux accusent également certains acteurs politiques de vouloir verrouiller les poursuites visant le gouverneur du Kongo Central. Ils s’indignent notamment de l’idée d’un éventuel moratoire destiné à empêcher l’évolution de certaines procédures judiciaires, parlant d’une démarche qui « choque la conscience collective » dans un pays confronté à des défis sécuritaires et sociaux majeurs.

Le caucus affirme par ailleurs que la Cour des comptes aurait déjà auditionné plusieurs intervenants de la chaîne des dépenses publiques, lesquels auraient dénoncé de graves irrégularités dans la gestion financière provinciale. Pour ces députés, chaque soupçon de détournement dans un contexte de pauvreté chronique représente « une gifle infligée aux populations abandonnées à leur sort ».

Dans un plaidoyer aux accents de réquisitoire politique, les élus interpellent directement la Première ministre Judith Suminwa Tuluka ainsi que les autorités judiciaires nationales afin que la lumière soit faite sur ces affaires. Ils réclament une justice capable d’agir « sans camisole politique ni pression souterraine », tout en réaffirmant leur soutien au président Félix Tshisekedi et à sa vision d’un véritable État de droit.

À travers cette déclaration, le Kongo Central expose désormais au grand jour une fracture institutionnelle profonde où se mêlent rivalités politiques, soupçons de prédation financière et bataille d’influence autour de l’appareil judiciaire. Une séquence à haut risque qui pourrait durablement redessiner les rapports de force au sein de la province.

Josué Muleli

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