Kinshasa resserre son emprise sur les concessions routières
Le dossier explosif des recettes des péages et pesages de la RN1 Kinshasa–Matadi vient de franchir un nouveau seuil politique et administratif. Dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions entre le gouvernement central et les autorités du Kongo Central, Kinshasa a décidé de rebattre les cartes du contrôle financier des concessions routières à travers la création d’une nouvelle structure nationale : la Commission nationale de supervision et de suivi des cellules du contrôle des recettes des concessions (CNSCRC).
Derrière cette réforme aux allures techniques se dessine en réalité une reprise en main méthodique d’un secteur hautement stratégique, où se croisent enjeux budgétaires, rapports de force institutionnels et contrôle des flux financiers générés par les infrastructures routières d’intérêt national.

Dans une note circulaire adressée aux différents concessionnaires opérant en République démocratique du Congo, le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, précise désormais que la CNSCRC devient l’unique structure habilitée à collaborer avec les concessionnaires en matière de supervision des cellules chargées du contrôle des recettes des péages et pesages.
Le message est limpide : Kinshasa entend désormais centraliser l’architecture du contrôle des recettes routières et verrouiller les mécanismes de suivi financier autour des concessions nationales. Une orientation qui place de facto la DICOREP-RN1 — récemment créée par le gouverneur du Kongo Central, Grâce Nkuanga Masuangi Bilolo — dans une zone de fortes turbulences administratives.

Une bataille institutionnelle autour des recettes de la RN1

Créée par arrêté provincial du 28 avril 2026, la Direction de contrôle des recettes des péages et de pesage (DICOREP-RN1) devait assurer, selon les autorités provinciales, le suivi, la traçabilité et le contrôle des recettes générées sur la RN1 Kinshasa–Matadi, principal corridor économique reliant la capitale congolaise au port maritime de Matadi.
Mais à Kinshasa, cette initiative a été perçue comme une incursion frontale dans les compétences exclusives du pouvoir central. Dans une correspondance particulièrement ferme adressée au gouverneur du Kongo Central, John Banza Lunda avait dénoncé une « dérive administrative » ainsi qu’un « empiétement caractérisé » sur les prérogatives régaliennes de l’État en matière de gestion des routes d’intérêt national et des concessions routières.

Le ministre avait alors accordé un délai de quarante-huit heures au gouverneur provincial pour abroger les arrêtés contestés et dissoudre la DICOREP-RN1, sous peine de sanctions. Une mise en demeure au ton inhabituellement sévère qui avait rapidement suscité des réactions dans plusieurs cercles politiques et administratifs, certains observateurs jugeant la démarche excessivement rigide à l’égard d’une institution provinciale.
L’apparition de la CNSCRC dans ce climat déjà électrique donne aujourd’hui une profondeur supplémentaire au bras de fer entre Kinshasa et Matadi. Car au-delà de la querelle administrative, c’est toute la question de la gouvernance des recettes publiques et des limites réelles de la décentralisation congolaise qui ressurgit avec acuité.

À travers cette nouvelle structure nationale, le gouvernement central semble vouloir instaurer une chaîne de contrôle plus verticale, plus centralisée et financièrement étanche autour des concessions routières. Une manière, pour l’exécutif national, de prévenir toute fragmentation du contrôle des recettes générées par des infrastructures considérées comme stratégiques pour l’économie nationale.
Reste désormais à savoir si la DICOREP-RN1 survivra à cette reconfiguration institutionnelle ou si la CNSCRC marquera, à terme, l’effacement progressif des ambitions provinciales dans le contrôle des recettes des péages et pesages sur la RN1. Derrière les textes administratifs et les commissions techniques, c’est une bataille silencieuse pour le contrôle des ressources, de l’autorité et de l’influence qui se joue désormais entre Kinshasa et le Kongo Central.

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