À Zamba Ier, village discret du territoire de Songololo devenu stratégique avec l’implantation du projet cimentier de PPC Barnet DRC Manufacturing S.A., les tensions coutumières ont désormais franchi un seuil critique. Ce qui n’était au départ qu’un différend interne autour de la représentativité du clan Nanga Ne Kongo s’est progressivement transformé en une affaire explosive mêlant accusations de détournements présumés, rivalités de pouvoir, contestation de légitimité coutumière et dénonciation du non-respect des engagements communautaires.
Les documents consultés révèlent un climat de rupture profonde entre plusieurs composantes de la communauté locale. Au centre de cette tempête figure Michel Kiangebeni Nzomba, présenté comme chef de la sous-lignée FATU de la grande lignée Kulukuta Nkisi a Nene/Nzuzi a Nsungu.

Dans une correspondance officielle adressée au directeur général de PPC Barnet DRC Manufacturing S.A. par certaines composantes de la communauté, les auteurs dénoncent une “gestion opaque”, des “détournements présumés” ainsi qu’une confiscation des avantages communautaires par un cercle restreint d’acteurs locaux.
Une contestation ouverte contre Mike Leko Fwilu et Makabi Mpovela

La contestation vise principalement Mike Leko Fwilu et Makabi Mpovela, accusés par le camp Kiangebeni Nzomba de s’être imposés comme représentants de la communauté sans désignation coutumière régulière ni mandat démocratique des différentes lignées composant le clan Nanga Ne Kongo.
Selon plusieurs pièces versées au dossier, Mike Leko Fwilu serait originaire du village Matundulu, relevant du clan Mazinga, et ne disposerait donc d’aucune qualité coutumière lui permettant d’engager officiellement le clan Nanga Ne Kongo du village Zamba Ier dans la gestion des conventions conclues avec PPC Barnet. Les auteurs de la dénonciation parlent même d’une “prise en otage des intérêts communautaires”.
Les tensions ont franchi un nouveau cap après la remise (l’an 2025), par PPC Barnet, de plusieurs engins destinés au développement local, notamment quatre véhicules semi-remorques et deux tracteurs agricoles. Ces équipements auraient été placés sous la gestion de la société Zamba Transport and Logistique SAS (ZTL.SAS), structure dans laquelle Mike Leko Fwilu est présenté comme président du comité de direction.

Des revenus “introuvables” et une gestion jugée opaque
Dans les différents documents consultés, les contestataires affirment qu’aucun rapport financier crédible n’a jamais été présenté à la communauté concernant l’exploitation des véhicules et tracteurs remis par PPC Barnet. Ils évoquent des recettes “introuvables”, une absence totale de traçabilité financière ainsi qu’une gestion qualifiée de “calamiteuse”.
Le camp Kiangebeni Nzomba accuse également Mike Leko Fwilu de gérer, sans mécanisme de contrôle communautaire, les fonds et biens destinés au village. Dans la lettre adressée à PPC Barnet, les signataires réclament notamment :
- les pièces comptables relatives aux transactions entre PPC Barnet et la communauté locale ;
- les accords officiels liés à la remise des véhicules ;les statuts de la société Zamba Transport and Logistique SAS ;
- les justificatifs des revenus générés par l’exploitation des engins ;les mécanismes de redistribution des avantages communautaires.
Les mêmes documents évoquent également des intimidations, des pressions et des menaces visant toute personne contestant la gestion actuelle ou la représentativité des responsables incriminés.
Une convention de 2014 redevenue hautement sensible

Au cœur du bras de fer figure la convention signée le 22 août 2014 entre PPC Barnet DRC Manufacturing S.A. et le clan Nanga Ne Kongo du village Zamba Ier. Ce document accordait à l’entreprise les droits d’exploitation sur plusieurs espaces destinés au projet cimentier, aux carrières ainsi qu’aux activités minières connexes.
En contrepartie, PPC Barnet s’engageait sur une série d’obligations communautaires clairement reprises dans ladite convention. Parmi elles figuraient :
- la construction d’une école moderne intégrée ;la prise en charge médicale gratuite de quarante cinq membres issus des trois lignées ;
- le recrutement prioritaire des membres de la communauté selon leurs compétences ;l’aménagement de points d’eau ;
- l’encadrement des activités agricoles et d’élevage ;
- la formation des membres de 5 membres démocratiquement élus du TRUST-FUND (redevance annuelle et autres transactions au profit de la communauté afin d’assurer la transparence, traçabilité et la budgétisation au profit de la communauté).
- des appuis au développement local et aux infrastructures communautaires.
Mais plus de dix ans après la signature de cet accord, plusieurs habitants estiment que ces engagements n’ont jamais été exécutés à la hauteur des attentes formulées par la population locale.
Le spectre du Code minier révisé de 2018

Dans leur argumentaire, les contestataires rappellent également les exigences introduites par le Code minier révisé de 2018, notamment l’obligation faite aux entreprises minières et de carrière de conclure un cahier des charges avec les communautés affectées avant toute exploitation effective.
Selon eux, PPC Barnet poursuivrait ses activités sans véritable mécanisme communautaire conforme aux nouvelles dispositions légales. Les auteurs dénoncent notamment :
- l’absence persistante d’eau potable ;le déficit d’infrastructures sanitaires et scolaires modernes ;
- l’absence de mécanisme clair d’indemnisation des populations affectées ;
- les dégâts causés aux habitations par les tirs de carrière ;l’exclusion de plusieurs composantes communautaires dans la gestion du partenariat avec l’entreprise.
Pour plusieurs habitants, cette situation alimente un profond sentiment de frustration dans une zone où les populations locales disent ne pas percevoir les retombées concrètes de l’exploitation industrielle menée sur leurs terres.
Une offensive judiciaire et administrative déjà enclenchée

Les documents consultés montrent que le conflit a désormais franchi le simple seuil communautaire pour investir les terrains judiciaire, administratif et coutumier. Une procuration spéciale datée du 25 avril 2026 donne mandat à des conseils juridiques d’engager toutes les procédures nécessaires au nom de la sous-lignée FATU.
Parallèlement, une correspondance officielle a été signifiée par voie de greffe à Makabi Mpovela, présenté comme chef du clan Nanga Ne Kongo, à travers le Tribunal de paix de Songololo. Les copies de transmission jointes au dossier montrent également que plusieurs autorités ont été saisies, notamment :
- le ministère national des Mines ;le ministère provincial de l’Intérieur du Kongo Central ;les services de renseignements ;
- le procureur près le Tribunal de grande instance de Mbanza-Ngungu ;les autorités territoriales et coutumières de Songololo ;
- la direction générale de PPC Barnet DRC Manufacturing S.A.
Malgré la gravité des accusations contenues dans les documents consultés, aucune communication officielle des autorités administratives ou provinciales n’avait encore été rendue publique au moment de la rédaction de cet article.
“À qui profite réellement cette division ?”

C’est désormais la question qui traverse une partie de la communauté de Zamba Ier.Pour plusieurs habitants, la crise actuelle dépasse largement une simple querelle coutumière. Elle révèle les fragilités persistantes de la gouvernance communautaire autour des projets extractifs et soulève des interrogations plus profondes sur la redistribution des bénéfices issus de l’exploitation industrielle des terres locales.
Dans cette bataille de représentativité, PPC Barnet se retrouve indirectement au cœur des critiques. Certains membres de la communauté accusent l’entreprise de s’être accommodée des divisions internes afin de traiter avec des interlocuteurs jugés plus favorables à ses intérêts. D’autres reprochent plutôt à certains leaders locaux d’avoir transformé les avantages communautaires en instruments de captation personnelle.
À ce stade, les accusations contenues dans les différents documents consultés reflètent principalement la position du camp contestataire engagé dans ce bras de fer communautaire. Les personnes citées dans le dossier ainsi que la direction de PPC Barnet DRC Manufacturing S.A. ne se sont pas encore publiquement exprimées sur ces allégations.
À Zamba Ier, la bataille autour des retombées de PPC Barnet dépasse désormais le simple cadre d’un conflit coutumier local. Elle souligne les fragilités persistantes de la gouvernance communautaire dans les zones d’exploitation industrielle, où intérêts économiques, pouvoir coutumier et attentes sociales finissent souvent par se heurter dans une opacité propice aux tensions. En toile de fond demeure une interrogation centrale : qui contrôle réellement les bénéfices générés sur les terres de la communauté ?
NTEMO CD
