À Kimpese, dans le territoire de Songololo, en province du Kongo Central, l’accès aux soins chirurgicaux demeure un enjeu majeur pour les personnes disposant de moyens financiers limités. C’est dans ce contexte que l’Organisation de Bien-être pour la Santé des Congolais (OBSC), sous l’impulsion du Dr Dieumerci Muditu Basalanga, a mené une nouvelle campagne de chirurgie à coût réduit, du 22 juin au 10 août 2026.
Au terme de cette campagne, 62 patients ont été opérés pour un total de 97 actes chirurgicaux, selon le rapport final établi par l’OBSC. L’opération s’est déroulée dans trois structures médicales de Kimpese : le Centre Médical de la Croix-Rouge, le Centre Médical Maman Wumba et le Centre Médical Julither.
Une demande chirurgicale qui ne faiblit pas

Avant les interventions, 89 patients ont été consultés ou dépistés. Les bilans préopératoires ont ensuite permis d’établir les différentes listes opératoires.Les hernies inguinales et ombilicales ont constitué la première catégorie d’interventions, avec 38 cas, soit 39,2 % des actes recensés. Les appendicectomies arrivent en deuxième position avec 31 cas (31,9 %), suivies des kystes ovariens avec 10 cas (10,3 %).
La campagne a également porté sur des hydrocèles, circoncisions, lipomes géants, myomectomies, hystérectomies, varicocèles et ongles incarnés. Le rapport précise que les 97 actes ne correspondent pas à 97 personnes distinctes. Certains patients présentaient plusieurs pathologies prises en charge simultanément. Une même personne pouvait ainsi faire l’objet de plusieurs actes chirurgicaux.
Zéro décès et aucune complication majeure rapportés

Sur le plan des résultats médicaux, l’OBSC fait état de zéro décès et de zéro complication majeure au cours de la campagne. Le rapport annonce également un taux de guérison de 100 % à J7 pour les patients concernés par ce suivi.La prise en charge allait au-delà du seul passage au bloc opératoire : consultations préopératoires, bilans médicaux, interventions, médicaments et surveillance postopératoire étaient intégrés au dispositif.
Selon les besoins, les patients ont été opérés sous anesthésie locale, rachianesthésie ou anesthésie générale. La surveillance postopératoire pouvait durer de 24 à 72 heures, avec un suivi programmé notamment à J7 et J30.
Trois structures, une équipe médicale mobilisée

La campagne a reposé sur la collaboration de trois structures sanitaires de Kimpese. L’équipe médicale mobilisée comprenait trois chirurgiens principaux, sept médecins assistants, un anesthésiste, six infirmiers et trois aides-soignants.
En amont, la sensibilisation a notamment été menée dans les églises, à travers les radios locales et par l’intermédiaire de crieurs. Des consultations préopératoires gratuites ont permis d’identifier les patients susceptibles de bénéficier de l’intervention.
Réduire la facture pour rendre l’intervention accessible

L’OBSC présente cette initiative comme une campagne de chirurgie quasi-gratuite. Selon le rapport, le coût réel moyen d’une intervention est estimé à 130 dollars américains. Une contribution de 30 à 60 dollars était demandée au patient pour certains consommables, tandis que le reliquat était couvert dans le cadre du financement philanthropique.
L’investissement philanthropique total est évalué par les organisateurs entre 6 800 et 9 700 dollars pour l’ensemble de la campagne. L’objectif affiché est de réduire le renoncement aux soins lié au coût des interventions, alors que certaines pathologies chirurgicales peuvent rester longtemps sans traitement lorsqu’elles ne sont pas financièrement accessibles aux patients.
27 patients restent en attente

Le bilan fait toutefois apparaître une autre réalité : celle d’une demande qui dépasse encore les capacités disponibles. Vingt-sept patients n’ont pas pu être opérés au cours de cette campagne et restent inscrits sur une liste d’attente, selon le rapport.
Les organisateurs signalent par ailleurs plusieurs contraintes, notamment des délestages électriques ayant nécessité le recours à des groupes électrogènes dans deux structures. La disponibilité limitée des poches de sang a également compliqué la prise en charge de certaines interventions, particulièrement les myomectomies.
Certains patients sont, en outre, arrivés avec des bilans préopératoires fortement dégradés, notamment des cas d’anémie sévère.
L’OBSC envisage une nouvelle campagne

Pour répondre à cette demande non satisfaite, le rapport recommande l’organisation d’une nouvelle campagne en décembre 2026, avec notamment la prise en compte des patients restés sur la liste d’attente. L’OBSC préconise également de renforcer les moyens techniques des structures partenaires. Parmi les recommandations figure notamment l’acquisition d’un concentrateur d’oxygène pour le Centre Médical de la Croix-Rouge.
La création d’un fonds de solidarité chirurgie pour le Kongo Central figure également parmi les pistes avancées afin de soutenir, dans la durée, les patients confrontés à des difficultés financières.
Une initiative qui pose la question de l’accès durable aux soins

À travers cette nouvelle campagne, l’OBSC entend poursuivre une démarche engagée depuis plusieurs années autour de l’accès aux soins pour les populations vulnérables. Le bilan de cette édition donne surtout à voir l’ampleur des besoins : 62 patients opérés, 97 actes chirurgicaux réalisés, mais encore 27 patients en attente.
Au-delà de la performance ponctuelle d’une campagne, ces chiffres soulignent une question de fond pour les structures sanitaires locales : celle de la capacité à assurer durablement des soins chirurgicaux accessibles aux populations qui en ont besoin.
Pour le Dr Dieumerci Muditu et l’OBSC, la prochaine étape consistera donc à transformer cette dynamique ponctuelle en capacité de prise en charge plus régulière, tout en renforçant les moyens humains, matériels et financiers nécessaires à cette ambition.
Josué Muleli
