RDC : Catherine Nzuzi wa Mbombo n’est plus, une pionnière s’en va

Une pionnière s’éteint, un héritage politique demeure.

Ntemo
By

Il est des trajectoires qui traversent le temps et redessinent les lignes de l’histoire. Celle de Catherine Nzuzi wa Mbombo s’inscrit dans cette rare catégorie. Décédée ce mercredi 18 mars à Kinshasa à l’âge de 82 ans, l’ancienne gouverneure du Bas-Zaïre laisse derrière elle bien plus qu’un parcours politique : un précédent, une brèche ouverte dans un système longtemps imperméable à l’ascension des femmes. À l’annonce de sa disparition, un même constat s’impose dans les cercles politiques comme dans l’opinion : la RDC perd une figure d’exception, dont l’empreinte dépasse les fonctions occupées pour toucher à la symbolique même du pouvoir au féminin.

Une conquête précoce des sommets

Née le 19 décembre 1944 à Tshumbe-Sainte-Marie, Catherine Nzuzi wa Mbombo ne s’est pas contentée d’intégrer les sphères de décision : elle les a investies avec une précocité déroutante. À 23 ans, elle est nommée bourgmestre de la commune de Gombe, avant d’entrer dans l’histoire en 1972, à seulement 28 ans, en devenant gouverneure du Bas-Zaïre, aujourd’hui Kongo Central. Dans un contexte politique structuré autour d’un pouvoir central fort, sa nomination marque une rupture silencieuse mais décisive.

Pour la première fois, une femme accède à la tête d’une province au Zaïre, redéfinissant, de facto, les contours du possible pour toute une génération.Une figure du système Mobutu, entre loyauté et influenceL’ascension de Catherine Nzuzi wa Mbombo s’inscrit dans l’architecture politique du régime de Mobutu Sese Seko, où elle occupe des fonctions de premier plan.

Au sein du Mouvement populaire de la révolution (MPR), elle accède au poste stratégique de 2e Vice-Présidente du Comité central, une position assimilée à celle de vice-présidente dans l’organisation du pouvoir de l’époque. Elle incarne alors une génération de cadres politiques formés dans la rigueur du parti unique, mais capables d’exercer une influence réelle dans les rouages de l’État. Gouverneure, cadre du parti, ministre à plusieurs reprises, notamment de la Solidarité dans la configuration institutionnelle du « 1+4 », elle cumule les responsabilités sans jamais quitter le premier cercle décisionnel.

Rupture, résilience et reconversion

La chute du régime mobutiste marque un tournant. Fidèle à ses engagements politiques, elle subit les contrecoups de l’arrivée de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), qui la conduit à l’emprisonnement. Mais loin de disparaître de la scène, Catherine Nzuzi wa Mbombo opère une mue. Elle se redéploie dans le secteur privé, où elle bâtit une présence notable dans les médias, l’agroalimentaire et l’immobilier, notamment à travers la chaîne TV Kin Malebo.

Cette reconversion témoigne d’une capacité d’adaptation qui prolonge, sous une autre forme, son influence.Une ambition politique persistanteAu début des années 2000, elle tente un retour sur le devant de la scène politique. Elle crée le MPR-Fait Privé et se porte candidate à l’élection présidentielle de 2006. Si cette tentative ne lui permet pas de retrouver une position centrale, elle confirme néanmoins une constante : celle d’une femme déterminée à rester actrice, et non spectatrice, de la vie publique.

Héritage et postérité

Au fil des décennies, Catherine Nzuzi wa Mbombo s’est imposée comme une figure de référence, au-delà des clivages politiques. En 2023, son parcours est salué au Parlement Rose, consacrant son rôle dans l’émancipation politique des femmes en RDC. Issue d’une famille engagée ; fille de bourgmestre et sœur d’Emmanuel Nzuzi, cadre du MNC-Lumumba, elle aura traversé plus d’un demi-siècle de vie publique, incarnant tour à tour l’autorité, la loyauté, la résilience et l’audace.

Une empreinte durable

Sa disparition suscite une vague d’hommages à travers le pays. Dans le Kongo Central, qu’elle fut la première à administrer, l’émotion est particulièrement palpable. Mais au-delà des frontières provinciales, c’est toute la nation qui salue une femme ayant contribué à redéfinir les standards de l’engagement politique féminin. Catherine Nzuzi wa Mbombo ne laisse pas seulement le souvenir d’une carrière. Elle laisse une empreinte : celle d’une époque où, contre les évidences, une femme a pris place au sommet et y a inscrit son nom avec autorité.

NTEMO CD

Share This Article