À Matadi (Kongo Central), la parole publique a quitté les tribunes formelles pour s’installer autour d’une table de discussion où les mots pèsent autant que le bitume. Ce mardi 28 avril 2026, l’Office des Voiries et Drainage (OVD) du Kongo Central a choisi de s’exposer sans filtre au regard critique de la presse locale, à travers un café de presse conduit par son directeur provincial, Michel Kayembe.
Dans une ville portuaire où les routes racontent autant d’histoires que les habitants eux-mêmes, cet exercice de transparence s’apparente moins à une communication institutionnelle classique qu’à une tentative assumée de rétablir un lien parfois fragilisé entre l’action technique et la perception citoyenne.
Un dialogue direct entre techniciens et vigies de l’opinion

Dès les premiers échanges, le ton est donné : il ne s’agit pas d’un discours vertical, mais d’un face-à-face assumé entre ceux qui conçoivent les infrastructures et ceux qui en rendent compte au quotidien à travers leurs écrits et leurs reportages.
Michel Kayembe n’a pas cherché à maquiller les difficultés. Au contraire, il a posé d’emblée le décor d’une réalité complexe, faite de contraintes budgétaires, de pression urbaine croissante et d’exigences citoyennes de plus en plus immédiates. L’objectif affiché : replacer la compréhension technique au cœur du débat public.
L’OVD dans l’architecture des infrastructures : clarifier pour mieux comprendre

Au fil des échanges, une clarification essentielle a été apportée. L’OVD intervient exclusivement dans les voiries urbaines et le drainage à l’intérieur des agglomérations. Une mission souvent confondue avec celle de l’Office des Routes, chargé des axes nationaux et provinciaux, et celle de l’Agence Congolaise des Grands Travaux (ACGT), structure d’appui aux grands projets d’infrastructures.
Cette mise au point, loin d’être anodine, vise à déconstruire une perception fréquente dans l’opinion : celle d’un acteur unique responsable de l’ensemble des défaillances routières. Or, le paysage institutionnel des infrastructures en RDC repose sur une répartition précise des compétences.

Une province vaste, des responsabilités fragmentées
Avec plus de 300 agglomérations et environ 375 kilomètres de voiries urbaines répertoriées, le Kongo Central impose à l’OVD une charge d’intervention particulièrement étendue.
Dans ce contexte, la gestion des infrastructures ne se limite pas à des interventions ponctuelles. Elle s’inscrit dans une logique de planification, de priorisation et d’arbitrage permanent entre urgence visible et faisabilité technique.

Michel Kayembe a insisté sur un point central : une route ne se décrète pas, elle se conçoit. Elle résulte d’études, d’évaluations hydrauliques, de projections financières et d’une ingénierie du temps long que l’impatience sociale tend parfois à ignorer.
Matadi, une ville sous pression permanente

Ville portuaire stratégique, Matadi concentre un trafic intense où se croisent poids lourds, véhicules de transport et motos, dans un espace urbain contraint par la topographie et la structure même de la ville.
Cette pression constante sur les axes principaux entraîne des embouteillages récurrents et une usure accélérée des infrastructures. Face à cette réalité, l’OVD a évoqué des projets de réhabilitation des voies secondaires et ceinturantes, envisagés depuis plusieurs années mais progressivement réactualisés selon les études techniques disponibles.
L’ambition est claire : décongestionner les axes centraux et rééquilibrer les flux de circulation dans la ville.

Entre projets anciens et relance techniquePlusieurs chantiers évoqués ne sont pas nouveaux. Ils s’inscrivent dans une continuité technique, parfois interrompue, puis relancée à travers des mises à jour d’études de faisabilité.
Cette approche traduit une réalité souvent méconnue : dans le secteur des infrastructures publiques, les projets ne disparaissent pas, ils dorment, se réajustent ou se réactivent selon les conditions de financement et les priorités gouvernementales. L’OVD se positionne ainsi comme un acteur technique de continuité, garantissant la cohérence des interventions dans le temps.
Une ouverture imminente comme signal opérationnel

Parmi les annonces, l’ouverture imminente du tronçon La Tortue (Kikanda) – route Nkalankala NRJ a retenu l’attention. Réalisé dans le cadre du Programme d’Entretien Routier (PER 2025), ce chantier sous maîtrise d’œuvre de l’OVD et financé par le Fonds National d’Entretien Routier (FONER) symbolise une matérialisation concrète des engagements en cours. Il s’agit d’un axe stratégique pour la mobilité urbaine, dont la mise en service progressive est attendue par les usagers.
Du discours au terrain : la redevabilité en acte

L’exercice ne s’est pas limité à la parole. Journalistes et responsables de l’OVD ont effectué une descente sur terrain, notamment sur la route dite « Énergie », afin de constater l’évolution des travaux. Ce passage du verbal au visible donne à cette démarche une dimension particulière : celle d’une redevabilité qui ne se contente pas d’expliquer, mais qui s’expose.
Une équation toujours ouverte

Au-delà des explications techniques et des annonces opérationnelles, demeure une équation fondamentale : celle de la confiance entre institutions techniques et citoyens. À Matadi, comme ailleurs, les routes ne sont pas seulement des infrastructures. Elles sont devenues des baromètres sociaux, des indicateurs visibles de l’action publique et des attentes collectives.

Et c’est précisément dans cet espace fragile, entre contraintes invisibles et exigences immédiates, que se joue désormais la crédibilité des politiques d’infrastructures.
Josué Muleli
