La responsabilité d’un dirigeant ne se mesure pas uniquement à la fonction qu’il occupe, mais aussi à sa capacité de porter les préoccupations de ceux qu’il représente, de défendre les intérêts de sa communauté et de répondre aux interrogations suscitées par son action.
Lors de son intervention sur les antennes de la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC), samedi 31 octobre 2026, à Kinshasa, Papy Mantezolo Diatezua, président de l’Assemblée provinciale du Kongo Central et représentant des présidents des assemblées provinciales de la République démocratique du Congo (RDC), a abordé plusieurs questions fondamentales touchant à la gouvernance provinciale, au fonctionnement des institutions et à sa propre responsabilité publique.
Derrière cette prise de parole se dessine une préoccupation centrale : celle de la place des provinces dans l’architecture institutionnelle et financière de la République.
La rétrocession, une exigence de justice territoriale

Le développement des provinces ne peut reposer sur des ambitions institutionnelles sans moyens financiers conséquents. C’est l’une des préoccupations majeures soulevées par Papy Mantezolo Diatezua. S’appuyant sur les dispositions relatives à la rétrocession des recettes nationales, il déplore le décalage entre les 40% prévus par la loi budgétaire pour les provinces et les 6% dont bénéficierait effectivement le Kongo Central. À cette insuffisance s’ajouterait l’irrégularité des décaissements.
Une situation qui soulève une interrogation fondamentale : comment exiger des provinces qu’elles répondent efficacement aux attentes de leurs populations lorsque les ressources nécessaires à l’exécution de leurs politiques publiques ne leur parviennent pas conformément aux dispositions légales ?
Pour le président de l’Assemblée provinciale, le respect des mécanismes de rétrocession ne constitue pas une faveur accordée aux provinces. Il relève d’une exigence de justice institutionnelle, de responsabilité budgétaire et d’équité territoriale.
Onze mois d’arriérés : le cri d’alarme en faveur des députés provinciaux

L’autre dossier particulièrement sensible concerne la situation sociale des députés provinciaux. En sa qualité de représentant des présidents des assemblées provinciales, Papy Mantezolo Diatezua affirme porter la voix de 780 députés provinciaux à travers le pays. Il dénonce onze mois d’arriérés d’émoluments, une situation qu’il juge difficilement conciliable avec les exigences de fonctionnement normal des institutions provinciales. Il relève notamment le contraste avec la situation des députés nationaux et des sénateurs, qui, selon ses déclarations, ne connaissent pas les mêmes retards de paiement.
Dans cette perspective, il interpelle particulièrement le ministre des Finances, auquel il attribue une responsabilité importante dans le règlement de cette situation. Il rappelle également que le président de la République aurait déjà donné, à plusieurs reprises, des orientations en faveur de l’apurement de ces arriérés lors des réunions du Conseil des ministres. Son appel s’adresse aussi aux sénateurs, particulièrement au président de la Chambre haute, Jean-Michel Sama Lukonde, invité à intervenir en faveur des élus provinciaux.
Au-delà de la question des rémunérations, cette revendication renvoie à un principe essentiel : la reconnaissance effective du travail parlementaire à tous les niveaux de l’architecture institutionnelle congolaise. Le Kongo Central se prépare à accueillir le Chef de l’ÉtatSur le plan provincial, Papy Mantezolo Diatezua a également évoqué les attentes suscitées par une prochaine visite du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, au Kongo Central.
Il assure que la province est disposée à réserver un accueil à la hauteur de l’événement et souligne l’importance des différents chantiers engagés dans la province. Parmi les infrastructures évoquées figurent le stade Lumumba, la route de l’aérodrome de Tshimpi ainsi que le bâtiment de la nouvelle Assemblée provinciale. Selon ses indications, plusieurs de ces ouvrages afficheraient un taux d’exécution avoisinant les 90%, certains étant déjà achevés.
Pour le président de l’Assemblée provinciale, cette éventuelle visite constituerait une occasion de constater les avancées enregistrées sur le terrain et d’apprécier les efforts consentis dans le cadre de la transformation des infrastructures provinciales. L’enjeu dépasse ainsi le protocole institutionnel : il s’agit de faire connaître les réalisations, d’apprécier les investissements consentis et de maintenir les attentes de la population au cœur de l’action publique.
Face aux accusations, la défense d’un engagement personnel

Papy Mantezolo Diatezua n’a pas éludé les accusations de détournement qui ont alimenté les controverses autour de sa personne, ni les circonstances de son interpellation. Sur le dossier relatif aux soupçons de détournement, il a tenu à réaffirmer son engagement à quitter la présidence de l’Assemblée provinciale sans avoir soustrait le moindre franc congolais des caisses de l’État.
Il estime que son parcours et les éléments de son dossier permettent de répondre aux accusations formulées contre lui, affirmant notamment avoir été blanchi par la Cour de cassation. Concernant son interpellation, il a livré sa version des faits, expliquant qu’il était accompagné de son neveu au moment des événements et que ce dernier aurait été confondu par les services de sécurité avec une personne recherchée dans une affaire de meurtre d’un bijoutier.
Ces explications constituent sa position sur des événements qui ont suscité des interrogations dans l’opinion. Dans sa défense, le président de l’Assemblée provinciale invoque également les principes et les enseignements reçus de son mentor, auxquels il dit rester attaché.
Il résume cette philosophie par une expression en kikongo qui traduit, selon lui, une conception de la responsabilité et de l’appartenance : « Kiaku Vua, kieto, kia Vua ko ! » Une formule qu’il présente comme un rappel de son attachement aux valeurs reçues et à la gestion responsable de la chose publique.
La responsabilité comme héritage politique

À travers cette intervention, Papy Mantezolo Diatezua entend inscrire son action dans une double exigence : défendre les intérêts des institutions provinciales et préserver la crédibilité de son engagement public.
La rétrocession des recettes, les arriérés d’émoluments des députés provinciaux, le développement des infrastructures du Kongo Central et les accusations auxquelles il répond constituent autant de dossiers qui interrogent la gouvernance et la responsabilité des acteurs publics. Son message est sans équivoque : les provinces doivent disposer des moyens prévus par la loi, les élus provinciaux doivent bénéficier d’une considération institutionnelle équitable et la gestion des affaires publiques doit demeurer soumise aux exigences de responsabilité.
Au-delà des fonctions, des controverses et des rapports de force politiques, c’est finalement sur la capacité à servir l’intérêt général et à répondre de ses actes que se construit durablement la légitimité d’un dirigeant. Papy Mantezolo Diatezua entend, pour sa part, faire de cet engagement le fil conducteur de son passage à la tête de l’Assemblée provinciale du Kongo Central.

Christal Maluvengi
