Kinshasa reprend la main : la plénière annoncée au Kongo Central se heurte au statu quo institutionnel et aux consultations du VPM

Entre statu quo institutionnel, bataille d’interprétation de l’arrêt de la Cour constitutionnelle et médiation de Kinshasa, la crise de l’Assemblée provinciale du Kongo Central franchit un nouveau cap.

Ntemo
By

La crise institutionnelle qui secoue l’Assemblée provinciale du Kongo Central entre dans une nouvelle phase de tension, marquée par la reprise en main du dossier par Kinshasa. Au cœur des divergences : un conflit de légitimité entre deux camps rivaux, une interprétation controversée d’un arrêt de la Cour constitutionnelle et une médiation politique dont l’issue demeure incertaine.

Lors des consultations organisées dans la capitale, le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, avait pourtant fixé une ligne directrice claire : observer un statu quo institutionnel et suspendre toute activité parlementaire susceptible de compromettre la recherche d’un consensus entre les parties en conflit. L’objectif affiché était de créer les conditions d’un dialogue apaisé en vue d’une sortie durable de crise.

Les députés provinciaux du Kongo Central en réunion avec le VPM de l’intérieur

Mais une fois de retour au Kongo Central, les tentatives de rapprochement n’ont pas permis de rapprocher les positions. Une réunion convoquée dans la province a mis en lumière la persistance des fractures politiques. Le camp du bureau réhabilité, conduit par Papy Mantezolo Diatezua, dont la légitimité est revendiquée sur la base d’une décision de la Cour constitutionnelle, s’est retrouvé avec une vingtaine de députés provinciaux. En face, le camp du changement, structuré autour de Victor Nsuami Mpaka, président sortant de l’Assemblée provinciale, a choisi de ne pas prendre part à ces échanges.

Kinzonzi présidé par Mantezolo

C’est dans ce contexte de consensus introuvable que le bureau réhabilité a annoncé la tenue d’une séance plénière pour ce lundi 15 juin à Matadi. À l’ordre du jour figure notamment l’examen de l’édit portant découpage administratif de Nkamba, un dossier relancé récemment par le gouvernement central dans le cadre du processus d’érection de cette cité en entité à statut spécial. Kinshasa avait d’ailleurs demandé au gouverneur du Kongo Central, Grâce Bilolo, de transmettre le dossier accompagné de l’avis de l’Assemblée provinciale.

Vue de Nkamba, Terre sainte

Si le dossier de Nkamba constitue officiellement le motif de cette plénière, son annonce a rapidement ravivé les interrogations sur le respect du statu quo préconisé par les autorités centrales. Pour plusieurs observateurs, la reprise des activités parlementaires en l’absence d’un compromis entre les deux camps apparaît en contradiction avec l’esprit des consultations conduites par le VPM de l’Intérieur.

Jacquemin Shabani, VPM de l’intérieur

Face à cette situation, Kinshasa a décidé de reprendre l’initiative. Dans un nouveau télégramme, Jacquemain Shabani a convoqué à Kinshasa les représentants des deux camps, notamment Papy Mantezolo Diatezua, son vice-président ainsi que les membres de l’ancien bureau conduit par Victor Nsuami Mpaka. Une démarche qui traduit la volonté du gouvernement central de relancer les discussions avant toute évolution majeure au sein de l’Assemblée provinciale.

Vue de l’assemblée provinciale du Kongo Central

Au centre de toutes les divergences demeure l’interprétation de l’arrêt rendu par la Cour constitutionnelle. Le camp Mantezolo considère que cette décision a rétabli le bureau dans ses prérogatives institutionnelles, tandis que le camp du changement en conteste la portée et les implications sur la gouvernance de l’organe délibérant. Cette lecture opposée du droit continue d’alimenter une crise dont les ramifications dépassent désormais le simple cadre parlementaire.

Reste désormais une inconnue majeure : la plénière convoquée pour ce lundi 15 juin autour du dossier de Nkamba pourra-t-elle effectivement se tenir alors que les principaux protagonistes de la crise sont simultanément attendus à Kinshasa pour de nouvelles consultations ?

Vue de députés au sein de l’Ass.Prov

Entre la volonté de poursuivre l’agenda institutionnel provincial et l’exigence de préserver la dynamique de médiation engagée par le gouvernement central, l’Assemblée provinciale se retrouve à la croisée des chemins. Plus qu’une simple séance consacrée à Nkamba, l’échéance du 15 juin pourrait révéler le véritable rapport de force entre le camp du bureau réhabilité, le camp du changement et les efforts de conciliation déployés par Kinshasa pour sortir durablement de l’impasse institutionnelle.

Josué Muleli

Share This Article