À Ngeba, dans le territoire de Madimba (Kongo Central), la Route nationale n°16 (RN16) n’est plus une simple voie de communication : elle est devenue une épreuve. Sur ce segment stratégique de l’axe Kisantu–Kimvula, la chaussée, profondément dégradée, se dissout par endroits en une boue épaisse, piégeant véhicules et passagers dans un quotidien fait d’attente, d’efforts et d’incertitudes.

Le spectacle qui s’offre aux usagers relève d’une scène de survie logistique. Camions immobilisés, motos contournant des ornières béantes, passagers contraints de descendre pour pousser ou traverser à pied : la progression se fait au rythme des obstacles. Chaque mètre parcouru se négocie, chaque passage devient un pari, dans une improvisation permanente dictée par l’état du terrain.

Pour les voyageurs et conducteurs, la route s’est muée en calvaire. Les trajets, autrefois maîtrisés, s’étirent désormais sur des heures imprévisibles. Les pannes mécaniques se multiplient, conséquence directe des chocs répétés et des conditions extrêmes. À cette fatigue physique s’ajoute une tension constante, nourrie par l’absence de garanties quant à l’arrivée à destination.

Au-delà de la souffrance individuelle, c’est toute une économie locale qui vacille. La RN16 constitue l’un des principaux corridors d’évacuation des produits agricoles issus de la Lukaya vers les centres urbains. Son impraticabilité partielle désorganise les circuits d’approvisionnement, renchérit les coûts de transport et ampute les revenus des producteurs, fragilisant un tissu économique déjà vulnérable.

Cette dégradation n’est pourtant pas le fruit du hasard. Elle s’inscrit dans une dynamique d’usure prolongée, exacerbée par les intempéries et l’absence d’entretien structurel. Malgré les alertes répétées et les concertations engagées entre autorités provinciales et acteurs locaux, aucune intervention d’envergure n’est visible à ce jour sur ce tronçon critique.

Sur le terrain, ce décalage entre les annonces et la réalité alimente une exaspération croissante. Les communautés riveraines, directement impactées, peinent à comprendre l’inertie qui entoure une infrastructure pourtant reconnue comme stratégique. L’absence de chantiers visibles renforce le sentiment d’abandon et creuse davantage le fossé entre les attentes et les réponses institutionnelles.

Dans une province comme le Kongo Central, où les routes conditionnent l’accès aux marchés, aux soins et aux services essentiels, la situation de la RN16 à Ngeba dépasse la simple problématique d’infrastructure. Elle interroge la capacité à maintenir un minimum de continuité territoriale et à garantir la circulation des biens et des personnes.

À mesure que les jours passent, l’urgence s’impose avec une acuité grandissante. Pour les usagers de l’axe Kisantu–Kimvula, il ne s’agit plus d’espérer une amélioration, mais d’exiger une intervention. Car au-delà de la boue et des pannes, c’est la dignité même de la mobilité qui se joue sur ce tronçon oublié.
Josué Muleli
