Luozi applaudit sa première pierre : un an après, le marché moderne n’a jamais vu le chantier

Une promesse inaugurée dans la solennité, mais jamais traduite en béton.

Ntemo
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À Luozi, dans le territoire du même nom au cœur du Kongo Central, le temps semble avoir pris le pas sur les engagements publics. Le 27 avril 2025, la pose de la première pierre du futur marché moderne avait été présentée comme un tournant historique pour cette cité en quête d’infrastructures commerciales dignes de son potentiel. Un an plus tard, le décor n’a pas changé d’un iota : le chantier, lui, n’a jamais véritablement vu le jour.

Sur le terrain initialement réservé à cette infrastructure, aucun mouvement de construction n’est observable. Pas de fondations creusées, pas de matériaux entreposés, encore moins de présence visible d’entreprises de BTP. Le site, progressivement réapproprié par la vie quotidienne, a retrouvé une forme d’ordinaire désarmante, comme si la promesse officielle s’était diluée dans l’air du temps.

Pourtant, cette première pierre avait été posée avec solennité, dans un contexte d’attentes fortes et d’espoirs collectifs. Elle incarnait l’idée d’un basculement économique pour Luozi, où commerçants et habitants espéraient enfin un espace structuré, moderne et capable de dynamiser les échanges locaux. Mais entre l’instant solennel de la cérémonie et la réalité du terrain, un fossé s’est progressivement installé.

Aujourd’hui, ce même espace est devenu le théâtre d’une ironie silencieuse. Des habitants, mêlant humour et désillusion, n’ont pas hésité à “célébrer” l’anniversaire de cette première pierre, comme pour souligner l’écart entre le discours et les faits. Une forme de satire populaire qui traduit moins une moquerie qu’une fatigue face aux promesses suspendues.

Dans une économie locale où les infrastructures commerciales structurées demeurent rares, l’absence de concrétisation de ce projet pèse lourd. Elle nourrit un sentiment diffus d’attente interminable, où chaque annonce finit par s’ajouter à une longue liste d’espérances inabouties. Pour les commerçants, c’est un marché de plus qui reste virtuel dans un quotidien bien réel.

Du côté des autorités, aucune communication officielle récente ne vient éclairer l’état d’avancement du projet. Ce silence institutionnel, loin de calmer les interrogations, alimente au contraire les spéculations et renforce l’impression d’un chantier immobilisé dans une zone grise administrative.

Face à cette situation, plusieurs acteurs de la société civile appellent à une clarification urgente. Ils estiment que la crédibilité des engagements publics repose autant sur les annonces que sur leur exécution effective. Pour eux, Luozi ne demande pas des discours supplémentaires, mais des réalisations tangibles.

En attendant une éventuelle reprise des travaux, la première pierre du marché moderne de Luozi reste seule sur son piédestal symbolique, comme un vestige figé d’une ambition inachevée. Et dans cette cité où l’espoir et la patience cohabitent à parts égales, le chantier promis continue de manquer… à l’appel de sa propre existence.

Josué Muleli

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