Kimpese, 6 août 2026 – Le visage de l’avenue Kabila a changé en quelques heures. Dans l’avant-midi de ce jeudi, le marché de chaque jour, implanté entre les quartiers 2 Bis et 3 de la cité de Kimpese, dans le territoire de Songololo (Kongo-Central), a été entièrement démoli lors d’une opération conduite par les services de l’administration territoriale. Une intervention présentée par les autorités comme une mesure d’aménagement urbain, mais qui laisse derrière elle de nombreuses interrogations.
Selon les explications fournies par l’administration territoriale, cette opération s’inscrit dans une démarche de libération des emprises publiques afin de permettre l’ouverture d’une route de secours. L’objectif affiché est de désengorger la circulation dans cette partie de la cité, où les ralentissements sont devenus fréquents, notamment aux heures de forte affluence.
Les travaux ont été exécutés par le Service de l’Aménagement du territoire, avec l’appui des services de l’Urbanisme et de l’Habitat. L’administrateur du territoire de Songololo, Evariste Kazadi, assure qu’un délai avait été accordé aux occupants pour libérer les lieux avant le lancement de l’opération, conformément aux dispositions arrêtées par l’autorité territoriale.

Sur le terrain, le récit des commerçants nuance toutefois cette version. Plusieurs vendeurs interrogés indiquent n’avoir reçu aucun préavis officiel et disent avoir été surpris par l’arrivée des équipes de démolition. D’autres reconnaissent avoir été informés de la décision il y a environ deux mois, tout en estimant qu’aucun rappel n’a précédé l’exécution de la mesure. Cette divergence de versions illustre les incompréhensions qui entourent encore cette opération.
Pour de nombreux commerçants, la disparition soudaine des étalages et des hangars représente bien plus qu’une simple perte d’infrastructures. Elle signifie l’interruption immédiate de leur activité économique, avec des conséquences directes sur leurs revenus et ceux de leurs familles. Plusieurs d’entre eux appellent les autorités à accompagner cette restructuration par des mesures concrètes de relocalisation.
L’administration, de son côté, met en avant la recherche d’un équilibre entre l’occupation de l’espace public et les exigences croissantes de mobilité urbaine. Dans une cité en pleine expansion, l’ouverture de nouvelles voies est présentée comme une réponse aux défis de circulation et d’accessibilité auxquels Kimpese est régulièrement confrontée.

À ce stade, aucune communication officielle n’a précisé le calendrier ni les modalités d’installation des commerçants sur un éventuel nouveau site. Cette absence de visibilité entretient les préoccupations des personnes affectées, qui espèrent une réponse rapide des pouvoirs publics.
Au-delà de la démolition elle-même, cet épisode remet en lumière une équation à laquelle sont confrontées de nombreuses agglomérations congolaises : concilier les impératifs de modernisation urbaine avec la préservation des activités génératrices de revenus. Un défi qui exige, au-delà des décisions administratives, un dialogue constant entre les autorités et les communautés concernées.
Junior Mfumu
