La République Démocratique du Congo (RDC) vient d’inscrire une nouvelle page dans l’histoire de son système financier. Ce jeudi 21 mai 2026, le Gouverneur de la Banque Centrale du Congo, André Wameso Nkualoloki, a procédé au lancement officiel du module B-Match de la plateforme Bloomberg FXGO destiné au marché des changes en RDC.

Au-delà du caractère technologique de cette innovation, les autorités monétaires congolaises présentent cette réforme comme une étape structurante dans le processus de modernisation du système financier national. Le lancement de cette plateforme intervient dans un contexte où la Banque Centrale du Congo multiplie les réformes destinées à renforcer la crédibilité du marché financier congolais et à améliorer la transparence des opérations monétaires.

La cérémonie organisée à Kinshasa a réuni les principales parties prenantes du système financier national : banques commerciales, institutions de microfinance, opérateurs du marché des changes, représentants du secteur privé, universitaires et experts internationaux de Bloomberg.
Dans son allocution, le Gouverneur André Wameso a insisté sur la portée stratégique de cette réforme. Selon lui, il ne s’agit pas simplement de l’introduction d’un nouvel outil informatique, mais d’un changement profond dans l’architecture du marché des changes en RDC. « Nous ne sommes pas ici pour le lancement d’un simple logiciel, mais pour consacrer un acte de souveraineté et de modernité », a-t-il déclaré.

Pendant plusieurs décennies, la détermination du cours indicatif du Franc Congolais reposait sur un système fondé sur une moyenne pondérée intégrant aussi bien les transactions interbancaires que celles réalisées avec la clientèle et les bureaux de change agréés. Si ce système permettait un fonctionnement minimal du marché, il présentait néanmoins plusieurs limites structurelles, notamment en raison de l’intégration d’opérations parfois peu liquides ou difficilement vérifiables, situation qui favorisait les asymétries d’information et alimentait les tensions spéculatives.

Avec le module B-Match, le cours indicatif sera désormais calculé exclusivement sur la base des transactions interbancaires effectivement exécutées. L’objectif est d’obtenir un taux plus représentatif de la réalité du marché.

Cette réforme aligne désormais la RDC sur les standards internationaux du marché des changes. Bloomberg FXGO est en effet utilisé dans plus de 140 pays à travers le monde et plusieurs banques centrales africaines ont récemment adopté des dispositifs similaires, notamment au Nigeria, au Kenya et en Angola.
Pour les banques commerciales, cette nouvelle plateforme permettra :
- Une meilleure transparence des prix ;
- Une exécution plus rapide des opérations ;
- Une réduction des risques opérationnels ;
- Ainsi qu’un accès amélioré à l’information de marché.
Du côté de la Banque Centrale, les avantages concernent également le renforcement des capacités de supervision du marché. Grâce à FXGO, l’institution pourra disposer d’une vue consolidée des ordres et des transactions exécutées en temps réel.

Le Gouverneur a également replacé cette réforme dans une stratégie plus large de transformation financière de la RDC. Celle-ci comprend notamment :
- Le développement du marché secondaire des titres publics ;
- Le renforcement des réserves de change via l’or monétaire ;
- L’amélioration de la qualité de la signature souveraine de la RDC ;
- Ainsi que la future mise en œuvre de la loi sur les marchés boursiers.
Selon l’Autorité monétaire, l’objectif poursuivi est de bâtir progressivement un écosystème financier moderne capable d’attirer davantage d’investissements et de soutenir la croissance économique.

Cette réforme intervient également dans un contexte régional marqué par une accélération des transformations financières et numériques des marchés africains. À travers FXGO, la RDC cherche ainsi à se positionner comme un acteur crédible et moderne dans l’espace financier continental.

Pour plusieurs observateurs, le lancement de cette plateforme constitue aussi un signal adressé aux investisseurs internationaux quant à la volonté des autorités congolaises de renforcer la transparence et la gouvernance du marché financier.

En clôturant son discours, le Gouverneur a rappelé que la finalité ultime de ces réformes demeure l’amélioration des conditions de vie des Congolais. « Un marché financier transparent et liquide attire l’investissement. L’investissement crée l’emploi et entraîne la croissance économique », a-t-il affirmé.
Josué Muleli
