La séquence aura été aussi brève que fulgurante. Pris dans l’étau d’une interpellation parlementaire aux relents explosifs, Julien Zamuangana Mpanzu a choisi de se retirer de la tête de la Direction générale des recettes du Kongo Central (DGRKC), à peine 24 heures après avoir été sommé de s’expliquer devant les élus provinciaux. Une sortie précipitée qui en dit long sur la tension politique et institutionnelle qui entourait désormais sa gestion.
Tout s’est accéléré à l’issue de la quatrième séance plénière de la session de mars 2026, une session entièrement consacrée au contrôle parlementaire. Dans une atmosphère décrite comme électrique, les députés provinciaux ont validé, à une courte majorité, l’interpellation du Directeur général. Sur 34 votants, 17 se sont prononcés pour, 15 contre et 2 se sont abstenus — un vote serré, mais suffisant pour enclencher la machine du contrôle.

Derrière cette démarche, une exigence claire : obtenir des explications sur une gestion jugée opaque et controversée. L’interpellation, portée par le député Vincent de Paul Mayiza Mbudi, s’appuyait sur un faisceau d’indices préoccupants, révélant un décalage manifeste entre les performances financières affichées par la régie et la réalité sociale vécue par ses agents.
Car au cœur de la tempête, une contradiction difficilement soutenable : alors que les recettes provinciales auraient connu une progression notable, les travailleurs de la DGRKC continueraient de subir des retards chroniques dans le paiement de leurs salaires et primes. Une situation d’autant plus décriée qu’elle s’accompagnerait d’un recrutement jugé anarchique, alourdissant la masse salariale sans cohérence apparente.
Mais au-delà de la question sociale, c’est le volet financier qui cristallisait les inquiétudes. Des soupçons de mauvaise gestion et de contournement des procédures légales de passation des marchés publics ont été évoqués, notamment autour de l’acquisition de véhicules de service. Selon les éléments avancés, deux Toyota Yaris et deux Toyota Noah auraient été achetées pour 14.000 dollars américains, avec des frais de dédouanement de 11 600 dollars, avant de se retrouver immobilisées au parquet général près la Cour d’appel — une affaire aux contours encore flous.

À cela s’ajoutent des zones d’ombre sur la gestion du patrimoine de la régie, notamment l’usage de la quotité issue des cimenteries ainsi que la propriété d’un entrepôt situé à Tsasa, où seraient stockés des biens de la DGRKC. Autant de points sensibles qui ont alimenté le doute sur l’éthique managériale du désormais ex-Directeur général.
L’affaire a pris une dimension encore plus préoccupante avec les récentes révélations médiatiques, notamment celles d’un déclarant en douane sur les ondes de Top Congo FM, évoquant des fraudes présumées sur la taxe des barres de fer. Des accusations graves, qui, selon les élus, portent atteinte à la crédibilité d’une institution pourtant stratégique pour la mobilisation des recettes provinciales.
Face à cette accumulation de griefs et à la perspective d’une audition sous haute tension dans un délai de huit jours francs, Julien Zamuangana n’aura finalement pas attendu l’épreuve des élus. Sa démission, réceptionnée par le gouverneur Grâce Bilolo, marque un tournant abrupt dans un mandat entamé en juillet 2024, dans le cadre du remaniement de l’exécutif provincial.

Ironie du sort, celui qui apparaissait comme un « fils maison », appelé à consolider les acquis laissés par son prédécesseur Richard Mavoka Mankatu, quitte la scène dans un climat de suspicion et de défiance. Une chute éclair qui relance, au-delà des responsabilités individuelles, la question plus large de la gouvernance des régies financières en province et de l’effectivité du contrôle parlementaire dans la reddition des comptes publics.
NTEMO CD
