Derrière le thème officiel consacré à la transformation du secteur agricole et au développement rural, le président de la République a adressé un message clair aux acteurs politiques provinciaux. À l’ouverture de la 13ᵉ Conférence des gouverneurs, Félix Tshisekedi a appelé à une gouvernance provinciale fondée sur la coopération institutionnelle, dénonçant les rivalités et blocages qui entravent, selon lui, le développement des provinces.
Placée sous le thème « Transformation du secteur agricole, pastoral et halieutique, développement rural et connexion aux marchés urbains », cette rencontre réunissant les gouverneurs des 26 provinces s’est ouverte mardi 24 mars à Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu, à l’ouest de la République démocratique du Congo.
Un plaidoyer pour la stabilité institutionnelle

Dans son discours, le chef de l’État a rappelé l’esprit de la décentralisation consacrée par la Constitution de 2006. Selon lui, cette réforme n’a jamais été conçue pour transformer les provinces en espaces de tensions permanentes entre exécutifs provinciaux et assemblées provinciales. « La décentralisation n’a jamais eu pour objet de substituer aux exigences de bonne gouvernance des logiques de confrontation, de captation ou de blocage », a-t-il affirmé, soulignant qu’elle vise avant tout à rapprocher l’État du citoyen et à adapter l’action publique aux réalités locales.
Pour Félix Tshisekedi, la réussite de cette réforme dépend de la capacité des institutions provinciales à fonctionner de manière complémentaire, dans le respect de la loi et de l’intérêt général.
« Des institutions qui coopèrent et se contrôlent »

S’adressant directement aux gouverneurs et aux présidents des assemblées provinciales, le chef de l’État a insisté sur la responsabilité historique qui incombe aux dirigeants locaux. Le contrôle parlementaire provincial, a-t-il rappelé, constitue un mécanisme normal dans une démocratie. Mais il ne saurait être détourné de sa vocation. « Le contrôle parlementaire provincial est légitime. Il est nécessaire. Il est sain dans une démocratie. Mais il ne peut devenir un instrument de chantage politique ni d’instabilité chronique », a averti le président congolais.
Dans le même temps, il a également mis en garde les exécutifs provinciaux contre toute tentation de gouverner dans l’opacité ou en marginalisant les mécanismes de redevabilité. « Ce dont nos provinces ont besoin, ce n’est ni d’institutions paralysées ni d’institutions rivales. Ce dont elles ont besoin, ce sont des institutions qui se respectent, qui coopèrent et qui se contrôlent mutuellement dans le cadre de la loi », a-t-il martelé.
Gouvernance et développement agricole étroitement liés

Revenant au thème central de la conférence, Félix Tshisekedi a souligné que la transformation des secteurs agricole, pastoral et halieutique ne dépend pas uniquement des moyens techniques ou financiers. Elle exige également un environnement institutionnel stable. Selon lui, les crises récurrentes entre gouvernements provinciaux et assemblées provinciales constituent l’un des principaux obstacles à l’émergence d’une politique agricole efficace.
« Aucune politique agricole sérieuse ne peut prospérer dans un environnement marqué par des crises répétées entre gouvernements provinciaux et assemblées provinciales », a-t-il déclaré. Le président a également insisté sur l’impact de cette instabilité sur l’attractivité des provinces. « Aucun investisseur, aucun partenaire, aucune communauté productive ne peut se projeter sereinement là où l’incertitude politique devient la règle et où les conflits institutionnels paralysent l’action publique », a-t-il souligné.
Des tensions récurrentes dans les provinces

Depuis la mise en œuvre de la décentralisation, les relations entre exécutifs provinciaux et assemblées provinciales sont régulièrement marquées par des tensions. Dans plusieurs provinces, des motions de défiance, pétitions et accusations mutuelles de mauvaise gouvernance ont conduit à la destitution de gouverneurs ou à des crises institutionnelles prolongées.
Face à cette situation, le gouvernement central a tenté de calmer les tensions. L’année dernière, le Vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, avait demandé aux bureaux des assemblées provinciales d’adopter une résolution suspendant les motions et pétitions pendant la période de guerre. Cette mesure visait à préserver la stabilité institutionnelle dans un contexte marqué par l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23 dans l’est du pays.
Entre stabilité institutionnelle et exigence démocratique

Si les autorités nationales défendent cette approche au nom de la stabilité, plusieurs députés provinciaux estiment toutefois que la solution ne peut se limiter à des appels à la retenue. Pour eux, les tensions récurrentes trouvent aussi leur origine dans des problèmes structurels de gouvernance, de gestion des ressources et de clarification des responsabilités entre institutions.
La 13ᵉ Conférence des gouverneurs apparaît ainsi comme une occasion pour les autorités nationales et provinciales de réinterroger le fonctionnement de la décentralisation et de renforcer la coordination entre les différents niveaux de pouvoir. À Bandundu, Félix Tshisekedi a en tout cas fixé le cap : pour que les provinces deviennent de véritables moteurs de développement, leurs institutions devront apprendre à travailler ensemble, dans un esprit de responsabilité et au service des populations.
Josué Muleli
