La ville de Matadi, chef-lieu de la province du Kongo Central, traverse depuis plusieurs semaines une période marquée par une insécurité persistante. Des actes de banditisme armé, des vols à main armée et des agressions répétées sont régulièrement signalés par les habitants, alimentant un climat de peur et d’inquiétude au sein de cette importante agglomération portuaire.

C’est dans ce contexte que des militants du mouvement citoyen Lutte pour le Changement (LUCHA) ont organisé, le jeudi 18 décembre 2025, une marche pacifique visant à interpeller les autorités sur la nécessité de mesures urgentes pour garantir la sécurité des populations. Selon les organisateurs, la manifestation avait été dûment notifiée à l’autorité urbaine, conformément aux dispositions de l’article 26 de la Constitution de la République démocratique du Congo, qui consacre la liberté de manifester sans autorisation préalable.
Une mobilisation encadrée, puis interrompue

Les manifestants ont parcouru plusieurs artères de la ville, munis de banderoles et de messages appelant les autorités locales à assumer pleinement leurs responsabilités en matière de sécurité publique. La mobilisation s’est déroulée de manière pacifique jusqu’à l’intervention des forces de l’ordre, alors que le cortège tentait de se rapprocher de certains bâtiments administratifs.
La police a procédé à l’interpellation de plusieurs militants devant la mairie de Matadi. Ces derniers ont été conduits au commissariat urbain de la Police nationale congolaise, avant d’être transférés au parquet de grande instance pour examen de leur situation judiciaire.
Des arrestations dénoncées par la LUCHA

Dans un communiqué publié à la suite des événements, la LUCHA affirme que ces arrestations sont arbitraires et constituent, selon elle, une atteinte aux libertés publiques. Le mouvement indique que parmi les militants interpellés figurent notamment Steve Mbilo (dit Negro), Chadrack Mambeya, Christian Bongili, Grady Luyeye, Lumumba, Luimel Muanda, ainsi que Corneille Makiese, une militante, seule femme citée parmi les personnes arrêtées, aux côtés d’autres membres du mouvement.
La LUCHA soutient que ses militants ont été arrêtés alors qu’ils exerçaient un droit constitutionnel et déplore le recours à la force pour disperser une mobilisation qu’elle qualifie de pacifique et citoyenne.
Conditions de détention et revendications

Toujours dans son communiqué, le mouvement citoyen fait état de conditions de détention jugées préoccupantes. Il affirme que plusieurs militants auraient passé au moins deux nuits au cachot, dans des conditions qualifiées d’inhumaines, et évoque des cas de violences présumées lors de l’arrestation et de la détention.
Face à cette situation, la LUCHA formule plusieurs demandes, notamment la libération immédiate et sans condition de tous les militants arrêtés, la prise en charge médicale des personnes blessées, ainsi que l’ouverture d’enquêtes indépendantes afin d’établir les responsabilités liées aux interpellations.


Silence officiel et attentes de la société civile

À ce stade, aucune communication officielle détaillée n’a été rendue publique par les autorités municipales ou judiciaires concernant les motifs précis des arrestations ou l’évolution des procédures engagées. La situation reste suivie avec attention par les organisations de la société civile locale, qui appellent à un strict respect des droits fondamentaux et à un dialogue constructif entre les autorités et les mouvements citoyens.
Alors que l’insécurité demeure une préoccupation majeure à Matadi, ces arrestations relancent le débat sur la gestion de l’ordre public, la liberté de manifester et la réponse institutionnelle aux revendications citoyennes dans la province du Kongo Central.
NTEMO CD