RDC : à Inga, les agents de la SNEL rejettent la nouvelle restructuration et redoutent la disparition de plusieurs emplois

À Inga, les agents de la SNEL s’opposent à une réforme qu’ils jugent risquée pour l’emploi

Ntemo
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À Inga, cœur battant du potentiel hydroélectrique de la République démocratique du Congo, la contestation sociale s’installe avec gravité. Réunis en assemblée générale ce mercredi 8 avril 2026, les agents et cadres de la Société nationale d’électricité (SNEL) ont opposé une fin de non-recevoir au projet de restructuration porté au sommet de l’entreprise, sur fond d’incertitudes persistantes quant à l’avenir du secteur énergétique national.

Au centre des crispations : la scission envisagée de la SNEL en trois entités distinctes : production, transport et distribution. Présentée comme une mutation structurelle destinée à améliorer la performance et la gouvernance, cette orientation est perçue sur le terrain comme une recomposition à hauts risques, susceptible d’ébranler les équilibres internes et d’ouvrir la voie à des pertes d’emplois.

Prenant la parole au nom des travailleurs, Espérant Fundatela, président de la délégation syndicale locale, a posé les termes d’une opposition sans détour. Il a rappelé le caractère névralgique du site d’Inga, soulignant que toute réforme engageant l’avenir de la SNEL ne saurait être conduite sans l’adhésion de ceux qui en assurent la continuité opérationnelle.

Dans les échanges, une inquiétude sourde s’est exprimée avec constance : celle d’une érosion progressive des acquis sociaux, sous l’effet d’une réforme jugée prématurée. Pour de nombreux agents, il ne s’agit pas d’un simple ajustement organisationnel, mais d’une inflexion majeure dont les implications pourraient redessiner durablement les trajectoires professionnelles.

À contre-courant du diagnostic ayant motivé cette réforme, les équipes locales ont tenu à valoriser les avancées enregistrées sur le site. À Inga, 12 des 14 machines sont actuellement en état de fonctionnement, un résultat présenté comme l’aboutissement d’un engagement soutenu et d’un savoir-faire consolidé au fil du temps. Un argument qui, pour les travailleurs, plaide en faveur d’un renforcement des acquis plutôt que d’une rupture structurelle.

Au terme de l’assemblée, les agents se sont dirigés vers le « manguier », lieu emblématique de délibération à Inga, où une cérémonie coutumière a été organisée. Ce geste, à forte portée symbolique, a consacré leur rejet collectif du projet, inscrivant leur position dans une dynamique à la fois professionnelle et communautaire.

Au-delà du rejet, les représentants syndicaux ont appelé à une gouvernance affranchie de toute interférence politique. Ils ont exhorté la direction générale ainsi que les autorités de tutelle à se rendre sur place, afin d’appréhender concrètement les réalités du terrain et d’engager un dialogue fondé sur les faits.

Parallèlement, d’autres préoccupations ont été mises en exergue, notamment la situation des journaliers dont les dossiers administratifs demeurent en suspens depuis plusieurs années. Une problématique persistante qui révèle la profondeur des attentes sociales et la nécessité d’une réponse institutionnelle adaptée.

Cette mobilisation intervient alors que les instances dirigeantes de la SNEL sont appelées à examiner plusieurs options de restructuration, dans un contexte de pression accrue pour redresser les performances du service public de l’électricité. Entre impératif de modernisation et exigence de stabilité sociale, l’équation s’annonce particulièrement sensible.

À Inga, le message est sans ambiguïté : toute réforme visant à refonder la SNEL devra impérativement intégrer la voix de ses agents. À défaut, elle risque de se heurter à une résistance ancrée dans le quotidien de ceux qui, au fil du fleuve Congo, portent l’un des leviers énergétiques les plus stratégiques du pays.

Wella Mobutu / NTEMO CD

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