Un nouveau développement judiciaire secoue la scène politique du Kongo Central. L’ancien président de l’Assemblée provinciale, Papy Mantezolo Diatezua, est attendu dans les prochains jours devant le Parquet général près la Cour de cassation à Kinshasa pour répondre à des accusations de présumées malversations financières liées à sa gestion à la tête de l’institution provinciale.
Selon un mandat de comparution émis par le Parquet général près la Cour de cassation, l’élu provincial est convoqué le mercredi 11 mars 2026 à 10 heures précises au cabinet de l’officier du ministère public, situé dans la commune de Gombe, à Kinshasa. Cette convocation s’inscrit dans le cadre d’une procédure judiciaire ouverte à la suite d’irrégularités financières révélées par un rapport d’enquête interne de l’Assemblée provinciale du Kongo Central.
Le document judiciaire, signé par le Premier avocat général près la Cour de cassation, rappelle que la présence du député provincial est requise conformément aux dispositions de l’article 15 du Code de procédure pénale. En cas de non-comparution, l’intéressé pourrait être contraint à se présenter devant la justice conformément aux mécanismes prévus par la loi.
Une affaire née d’un rapport parlementaire accablant

Les ennuis judiciaires de Papy Mantezolo trouvent leur origine dans un rapport adopté le 23 décembre 2025 par l’Assemblée provinciale du Kongo Central. Ce document, fruit des travaux d’une commission spéciale chargée d’évaluer la gestion financière, administrative et patrimoniale de l’institution, a mis en lumière plusieurs irrégularités présumées dans la gestion de l’ancien bureau.
Au terme de ces investigations, l’ancien président de l’Assemblée provinciale a été formellement mis en accusation pour présumés détournements et malversations financières. La plénière avait également décidé de sa suspension pour une durée de douze mois. Mise en place le 20 octobre 2025, la commission spéciale avait travaillé durant vingt-deux jours. Elle a auditionné plusieurs acteurs impliqués dans la chaîne des dépenses de l’Assemblée provinciale ainsi que des responsables de banques et de services administratifs afin de reconstituer les circuits financiers.
Des irrégularités financières pointées du doigt

Le rapport présenté à la plénière évoque plusieurs anomalies financières jugées préoccupantes. Parmi les cas les plus marquants figure un écart d’environ 900.000 dollars américains dans le dossier relatif à l’acquisition des véhicules destinés aux députés provinciaux. La commission a également relevé l’absence de traçabilité de 200 millions de francs congolais provenant d’un appui budgétaire du gouvernement provincial destiné au COPAC, dont l’utilisation n’aurait laissé aucune trace comptable.
D’autres irrégularités concernent notamment des cas de surfacturation dans l’achat de certains équipements administratifs, dont une photocopieuse Canon 3.3261i, acquise pour 6.500 dollars à Inga, dans le territoire de Seke-Banza. Le rapport mentionne par ailleurs des montants de 20 millions de francs congolais perçus à chaque paie par le directeur de cabinet de l’ancien président, Ronald Bikindu, pour des besoins qui n’auraient pas été clairement justifiés. Une commande de papiers à en-tête du cabinet présidentiel, évaluée à 8.625.000 francs congolais, figure également parmi les dépenses jugées irrégulières.
Plusieurs responsables administratifs également cités

Outre l’ancien président de l’Assemblée provinciale, la commission parlementaire a également mis en cause plusieurs responsables administratifs de l’institution. L’intendant général Pascal Miantezolo est notamment cité pour des irrégularités liées à des cas de surfacturation, avec un écart financier estimé à 73 millions de francs congolais resté sans justification. Le sous-gestionnaire des crédits Jean-Pierre Kaynkanzi est, pour sa part, accusé de légèreté administrative et de complicité présumée pour avoir facilité certaines opérations financières contestées.
Un signal politique et institutionnel

Lors de la séance plénière ayant examiné ce rapport, le président de l’Assemblée provinciale du Kongo Central, Victor Nsuami Mpaka, avait exprimé sa vive préoccupation face aux dérives dans la gestion des ressources publiques. Dans son intervention, il avait appelé les acteurs politiques à faire preuve de responsabilité et de patriotisme, rappelant que la gestion des fonds publics doit répondre aux exigences de transparence et d’intégrité. Il avait notamment souligné les difficultés sociales auxquelles font face les députés provinciaux et le personnel administratif de l’institution, dénonçant des pratiques susceptibles de fragiliser davantage la crédibilité des institutions provinciales.
Une audition très attendue
La comparution attendue de Papy Mantezolo devant le Parquet général près la Cour de cassation pourrait constituer une étape déterminante dans ce dossier sensible.

L’audition devrait permettre aux magistrats d’entendre sa version des faits et d’évaluer les éléments contenus dans le rapport parlementaire. Cette affaire continue d’alimenter le débat politique et institutionnel dans la province du Kongo Central, où la question de la gouvernance et de la gestion des finances publiques demeure au centre des préoccupations. Dans l’attente de cette audition prévue à Kinshasa, l’évolution de la procédure judiciaire sera suivie de près par l’opinion publique ainsi que par les acteurs politiques de la province.
Josué Muleli