La configuration politique au sein de l’Assemblée provinciale du Kongo Central connaît une évolution significative. Réunis ce jeudi 25 décembre 2025 à l’hôtel Formoza, à Matadi, les députés provinciaux se réclamant de la nouvelle majorité ont officialisé l’élargissement de leur regroupement, portant désormais leurs effectifs à 23 élus. Une dynamique parlementaire qui, de fait, modifie les rapports de force institutionnels et interroge la capacité de l’Exécutif provincial à conserver une majorité stable.

Cette rencontre, décrite par plusieurs observateurs comme un moment clé des concertations politiques actuelles, a été marquée par l’adhésion de l’ancien ministre provincial honoraire des Infrastructures, Travaux publics et Réhabilitation (ITPR), récemment démissionnaire du gouvernement provincial. Si cette arrivée a été saluée par les animateurs de la nouvelle majorité, elle s’inscrit surtout dans un contexte de recomposition plus large, où les lignes de soutien à l’Exécutif semblent s’effriter.
Depuis plusieurs semaines, des signaux de rupture étaient perceptibles au sein de l’Assemblée provinciale. Des prises de position convergentes, des votes coordonnés et des initiatives parlementaires communes ont progressivement révélé l’émergence d’un bloc structuré, désormais assumé publiquement. L’élargissement officialisé ce 25 décembre vient ainsi consacrer une réalité politique déjà en gestation : le gouverneur de province, Grâce Nkuanga Masuangi Bilolo, ne dispose plus du nombre de députés requis pour s’appuyer sur une majorité parlementaire confortable.

La démission récente d’un allié de l’Exécutif a contribué à accentuer cette fragilisation. Dans un système institutionnel où l’Assemblée provinciale joue un rôle central de contrôle et d’orientation de l’action gouvernementale, la perte de la majorité constitue un tournant. Elle expose l’Exécutif à une surveillance accrue, à des débats plus âpres et à une marge de manœuvre réduite dans la conduite des politiques provinciales.
Dans l’opinion publique, cette nouvelle configuration est suivie avec attention, mais aussi avec une certaine réserve. Une partie de la population du Kongo Central exprime une lassitude face aux recompositions politiques successives, perçues comme éloignées des priorités sociales et économiques. Les critiques portent notamment sur des élus accusés de privilégier des calculs politiques au détriment des attentes concrètes des citoyens, dans une province confrontée à d’importants défis en matière d’infrastructures, de services sociaux et de gouvernance.

Face à ces interrogations, les membres de la nouvelle majorité mettent en avant la légalité de leur démarche. Ils rappellent que la Constitution et les lois de la République démocratique du Congo garantissent aux députés provinciaux la liberté de se regrouper et de former des majorités parlementaires selon les équilibres politiques du moment. Selon eux, cette dynamique ne vise pas à créer une crise institutionnelle, mais à rééquilibrer le jeu démocratique et à renforcer le rôle de l’Assemblée provinciale.
Ils affirment également que leur action s’inscrit dans une logique de responsabilité politique, fondée sur le dialogue et la recherche de solutions durables pour le fonctionnement des institutions provinciales. Reste toutefois à démontrer, par des actes concrets, que cette nouvelle majorité saura traduire sa force numérique en initiatives répondant aux préoccupations réelles de la population.

Dans l’immédiat, une certitude s’impose : l’Assemblée provinciale du Kongo Central entre dans une phase politique nouvelle, marquée par un rapport de forces défavorable à l’Exécutif. Les prochaines plénières et décisions parlementaires permettront de mesurer l’ampleur de ce basculement et d’évaluer si cette recomposition débouche sur une cohabitation institutionnelle tendue ou sur un réajustement constructif au service de l’intérêt général.
Analyse d’Exode Manonga