La gouvernance financière du Kongo Central entre dans une zone de fortes turbulences. Le gouverneur Grace Nkuanga Bilolo se retrouve désormais au cœur d’un bras de fer institutionnel majeur, mêlant l’Inspection générale des finances (IGF), la Cour de cassation et l’Assemblée provinciale. En toile de fond : de graves soupçons de détournement présumé de fonds publics et de non-versement de recettes provinciales.
Selon des sources concordantes, c’est à la suite d’une mission de contrôle approfondie menée par l’IGF que la justice a été saisie. Les premières conclusions évoqueraient un préjudice financier estimé à près d’un million de dollars américains, révélant de sérieuses irrégularités dans la gestion des finances de la province.
La justice enclenche la procédure

Face à la gravité des faits relevés, la Cour de cassation a officiellement adressé une requête à l’Assemblée provinciale du Kongo Central, sollicitant son autorisation afin d’ouvrir une instruction judiciaire contre le gouverneur en exercice. Une étape cruciale, imposée par la Constitution et les lois de la République, qui protègent les chefs des exécutifs provinciaux contre toute poursuite sans feu vert des élus provinciaux.
Autrement dit, le sort judiciaire du gouverneur Grace Bilolo est désormais entre les mains des députés provinciaux. Leur décision pourrait soit bloquer la procédure, soit ouvrir la voie à une instruction aux conséquences politiques et institutionnelles majeures.
Grace Bilolo se défend et conteste

De son côté, le gouverneur rejette en bloc les accusations. Il affirme ne jamais avoir été officiellement informé du rapport de l’IGF et dénonce l’absence d’un débat contradictoire, condition essentielle, selon lui, pour garantir l’équité et la transparence de toute procédure.
Une ligne de défense qui ne dissipe cependant pas les interrogations, alors que l’opinion publique s’interroge de plus en plus sur la gestion réelle des ressources provinciales et sur l’usage des recettes issues des impôts et taxes locales.
Un test grandeur nature pour la lutte contre l’impunité
Au-delà du cas Bilolo, cette affaire s’impose comme un véritable test pour la lutte contre l’impunité au niveau provincial. Elle pose une question fondamentale : les institutions oseront-elles aller jusqu’au bout lorsque des soupçons graves pèsent sur un haut responsable politique ?
Dans un contexte national marqué par la volonté affichée de moralisation de la vie publique, le Kongo Central se retrouve sous les projecteurs. Transparence, redevabilité et bonne gouvernance ne sont plus de simples slogans, mais des exigences citoyennes pressantes.
Une décision très attendue

Alors que l’Assemblée provinciale s’apprête à examiner la requête de la Cour de cassation, la pression monte, tant sur le plan politique que populaire. Le vote des députés provinciaux sera scruté avec attention, car il déterminera si la justice pourra suivre son cours ou si le dossier restera au stade des soupçons.
Une chose est certaine : l’affaire Grace Bilolo marque un tournant. Elle pourrait redéfinir les rapports entre pouvoir exécutif provincial, institutions de contrôle et justice, et envoyer un signal fort ou non sur la réelle volonté de mettre fin aux pratiques de mauvaise gouvernance.
Le Kongo Central retient son souffle.
Exode Manonga