Une nouvelle onde de choc judiciaire traverse la province du Kongo Central. Alors que l’Exécutif provincial est déjà sous le feu des projecteurs institutionnels, une plainte formelle visant le gouverneur Grâce Nkuanga Masuangi Bilolo vient d’être déposée auprès du Procureur général près la Cour de cassation, ravivant un dossier devenu désormais multidimensionnel, à la croisée du politique, du judiciaire et du contrôle financier.
Une plainte portée par les notables du Kongo Central
À l’origine de cette nouvelle offensive judiciaire, la Cohésion provinciale des notables issus des 366 groupements du Kongo Central. Dans une interview accordée à Top Congo FM, son président, Joseph Mabanga, affirme que cette plainte s’inscrit dans une série de dénonciations documentées depuis avril 2025.
La structure évoque des détournements présumés de fonds publics estimés à plus de 50 millions de dollars américains, dont une première tranche de 14 millions USD aurait déjà fait l’objet d’éléments matériels versés au dossier.
La plainte a été déposée ce lundi 2 février 2026 auprès de la Cour de cassation, juridiction compétente en matière de poursuites contre les gouverneurs de province. Le Président de la République, la Première ministre ainsi que le ministre de la Justice ont également été officiellement saisis.
Un dossier qui s’inscrit dans une séquence institutionnelle lourde

Cette plainte intervient dans un contexte déjà particulièrement chargé. En amont, le gouverneur Grâce Bilolo est au centre d’un réquisitoire émanant du Procureur général près la Cour de cassation, transmis à l’Assemblée provinciale du Kongo Central conformément à la Constitution.
Le mercredi 28 janvier 2026, les cinq membres du Bureau de l’Assemblée provinciale ont autorisé l’ouverture de l’instruction judiciaire, levant ainsi le verrou politique préalable aux poursuites. Une décision institutionnelle majeure, intervenue après une série de réunions internes, dont celle du mardi 27 janvier, au cours de laquelle le gouverneur avait été reçu pour notification formelle de la procédure.

L’IGF déjà passée par là

À cette séquence judiciaire et parlementaire s’ajoute un autre élément de poids : les rapports de l’Inspection générale des finances (IGF). Selon plusieurs sources concordantes, des irrégularités financières présumées relevées dans la gestion de fonds publics provinciaux figurent parmi les éléments ayant alimenté les dénonciations successives, tant au niveau judiciaire que politique.
Même si le contenu détaillé des rapports de l’IGF n’a pas été rendu public dans son intégralité, leur existence renforce la cohérence globale du faisceau d’accusations, désormais porté à plusieurs niveaux institutionnels.
Silence prudent du Gouvernorat

Du côté du Gouvernorat du Kongo Central, aucune réaction officielle n’a été enregistrée à l’annonce de cette nouvelle plainte. Contactées par les médias notamment la radio Top Congo FM, les autorités provinciales indiquent réserver leur position, préférant, selon leurs termes, « garder le calme » face à une affaire qu’elles qualifient de sensible.
Une affaire qui change d’échelle

Avec l’entrée en scène des notables, le dossier Bilolo franchit un cap. Il ne s’agit plus uniquement d’un bras de fer institutionnel entre l’Exécutif provincial et l’Assemblée provinciale, ni d’un dossier technique entre la justice et les organes de contrôle, mais d’un contentieux à forte portée politique et sociale, porté désormais par des acteurs se réclamant de la base communautaire.
À mesure que les procédures s’imbriquent : IGF, Assemblée provinciale, Cour de cassation, le gouverneur du Kongo Central se retrouve confronté à une tempête judiciaire aux ramifications multiples, dont les prochaines étapes pourraient redessiner durablement le paysage politique provincial.
Affaire à suivre.
NTEMO CD