Un nouveau palier vient d’être franchi dans le feuilleton politico-judiciaire qui secoue la province du Kongo Central. À peine rentré dans sa juridiction, le gouverneur Grâce Nkuanga Masuangi Bilolo a été officiellement invité à comparaître devant la Cour de cassation le lundi 9 février 2026. La convocation lui a été notifiée ce vendredi 6 février par un document signé par le Procureur général près la Cour de cassation, a confirmé son conseiller en communication, Martin Solo sur Top Congo FM.
Cette démarche intervient dans le cadre d’une procédure judiciaire normale, faisant suite à un réquisitoire émis par le parquet, après une enquête de l’Inspection générale des finances (IGF). Les faits visés portent sur des malversations financières et un détournement de deniers publics estimés à près d’un million de dollars américains.
Une séquence judiciaire désormais assumée

Longtemps cantonnée à des signaux indirects : rapports de l’IGF, réquisitoire transmis à l’Assemblée provinciale, débats internes ; l’affaire entre désormais dans une phase judiciaire visible et structurée. Un mandat de comparution a été fixé, marquant une étape décisive pour le gouverneur et la gouvernance provinciale, et illustrant ce que plusieurs observateurs appellent la justice « qui sort du bois ».
Le gouverneur se retrouve au centre d’un faisceau de procédures convergentes. D’un côté, les conclusions de l’IGF révélant de graves irrégularités présumées dans la gestion des finances provinciales ; de l’autre, le réquisitoire de la Cour de cassation transmis à l’Assemblée provinciale, laquelle a récemment autorisé l’instruction judiciaire à son encontre. À cela s’ajoute la plainte déposée par la Cohésion provinciale des notables, représentant les 366 groupements du Kongo Central, évoquant des détournements présumés de plus de 50 millions de dollars américains, dont une première tranche de 14 millions déjà documentée.
L’aval de l’Assemblée provinciale et la posture du gouverneur

La convocation du gouverneur a reçu l’unanimité du Bureau de l’Assemblée provinciale, garantissant le respect des mécanismes légaux encadrant la responsabilité des gouverneurs. Selon Martin Solo, le gouverneur se dit disposé et impatient de répondre à l’invitation du Procureur général afin de présenter ses moyens de défense face aux accusations portées contre lui. Cette posture traduit une volonté de respecter pleinement les mécanismes institutionnels et judiciaires, alors que le dossier, très médiatisé, attire l’attention de l’ensemble de la province et au-delà.
Entre présomption d’innocence et pression institutionnelle

Sur le plan juridique, les autorités rappellent que le gouverneur bénéficie pleinement de la présomption d’innocence, principe cardinal de l’État de droit. La convocation annoncée ne préjuge donc ni de sa culpabilité ni de l’issue de la procédure. Elle marque toutefois une volonté affirmée des institutions judiciaires de faire la lumière sur les faits reprochés, dans un contexte national où la lutte contre la corruption est régulièrement brandie comme priorité politique.
Un test pour les institutions

Au-delà du cas Bilolo, cette affaire constitue un test grandeur nature pour les institutions congolaises. Elle interroge la capacité de la justice à traiter, avec rigueur et indépendance, des dossiers impliquant des hauts responsables politiques, sans céder ni à la pression médiatique ni aux calculs partisans. À l’approche de la date de comparution annoncée, le Kongo Central retient son souffle. Entre attentes citoyennes, enjeux de gouvernance et impératifs judiciaires, l’issue de cette séquence pourrait redessiner durablement le paysage politique provincial et envoyer un signal fort bien au-delà de ses frontières.
Josué Muleli