La descente de Mpozo, habituellement bruyante et animée par le va-et-vient des usagers, s’est figée vendredi en fin d’après-midi dans un silence lourd de stupeur. En quelques secondes, un axe stratégique de la ville de Matadi s’est transformé en théâtre de désolation, rappelant brutalement la fragilité de la vie humaine face aux défaillances de la route.

Le drame s’est produit ce vendredi 9 janvier 2026, aux environs de 17 heures, à l’entrée de la ville, précisément dans la pente menant vers le pont Mpozo, à proximité du garage Afritrans. Un camion de transport lourd appartenant à la société KVS, chargé de charbon et en direction d’une cimenterie de la province, a perdu le contrôle de sa trajectoire après une défaillance présumée du système de freinage.
Selon plusieurs témoignages concordants recueillis sur place, le véhicule venait à peine de quitter les installations de la société lorsqu’il s’est engagé dans la descente. Incapable de ralentir dans cette portion réputée dangereuse, le poids lourd a violemment percuté plusieurs motos-taxis transportant des passagers, semant la panique et la mort sur son passage. La chaussée s’est rapidement transformée en un amas de débris, de motos broyées et de corps projetés au sol.

Face à l’imminence du danger, le conducteur aurait tenté d’éviter un bus de transport en provenance de Kinshasa avant de finir sa course contre un autre camion qui se trouvait devant lui. Des témoins affirment que le chauffeur aurait quitté le véhicule dans des circonstances encore floues, abandonnant l’engin accidenté au milieu de la route.
« Le camion balayait tout sur son passage. Les passagers du bus ont dû s’échapper par les fenêtres. Si le choc avait été plus violent, le bilan aurait été encore plus dramatique », confie, la voix tremblante, une habitante du quartier, encore sous le choc.
La Police nationale congolaise, appuyée par une mobilisation spontanée des motocyclistes, a rapidement sécurisé le périmètre et procédé à l’évacuation des victimes. À la morgue de l’hôpital provincial de Kinkanda, où plusieurs familles se sont rassemblées dans l’angoisse et la douleur, plusieurs corps sans vie ont été déposés dans la soirée de vendredi. Le bilan officiel n’a pas encore été communiqué par les autorités, mais des sources hospitalières et associatives font état de pertes humaines et de plusieurs blessés graves pris en charge dans les structures sanitaires de la place.

Le président de l’association des motocyclistes du Kongo Central a confirmé que certaines des victimes étaient membres de son organisation, renforçant l’émotion et la colère au sein de cette corporation déjà fortement exposée aux risques routiers. Selon des témoignages persistants, d’autres motos pourraient encore se trouver sous l’épave du camion, laissant craindre un alourdissement du bilan après l’évacuation complète de l’engin.
Au-delà du drame humain, cet accident ravive de profondes inquiétudes sur la sécurité des véhicules lourds circulant à Matadi, en particulier sur l’axe de Mpozo, tristement connu pour sa dangerosité. Il s’agirait d’un nouvel accident grave impliquant un camion de la société KVS sur ce tronçon, une situation que de nombreux habitants qualifient d’alarmante.

Face à l’indignation grandissante, la population appelle les autorités provinciales à ouvrir une enquête sérieuse et indépendante afin d’établir les responsabilités et de faire toute la lumière sur les conditions techniques du véhicule accidenté. Des mesures strictes de contrôle et de régulation du transport lourd sont également exigées pour éviter que cette descente ne continue de coûter la vie à des innocents.
En attendant les conclusions des enquêtes et la confirmation officielle du bilan, Matadi pleure ses morts et s’interroge. Une fois de plus, la route rappelle qu’au-delà du trafic et de l’économie, la sécurité humaine ne saurait être reléguée au second plan.
Exode Manonga