La Ligue Congolaise de Lutte Contre la Corruption (LICOCO) a officiellement saisi l’Inspection Générale des Finances (IGF) pour attirer son attention sur deux marchés publics majeurs exécutés par le Gouvernement provincial du Kongo Central. L’organisation anticorruption évoque des indices sérieux d’irrégularités financières portant sur un total d’environ 13 millions USD, engagés pour l’achat d’engins de travaux publics et la construction du siège de l’Assemblée provinciale.
Deux marchés au cœur des interrogations
Dans sa correspondance adressée à l’IGF, LICOCO met en cause la procédure et les conditions d’attribution du marché d’acquisition d’engins, évalué à 6,47 millions USD. Ce contrat a été attribué à Manews Sarlu, une entreprise que l’organisation décrit comme dépourvue des capacités techniques nécessaires pour ce type d’opération. LICOCO affirme que la société aurait, de manière irrégulière, sous-traité l’essentiel du marché à un autre opérateur, SMT, tout en maintenant un coût que l’organisation estime largement supérieur à la valeur réelle.

Le second marché contesté porte sur la construction du siège de l’Assemblée provinciale, d’un montant de 6,55 millions USD. Selon les éléments transmis à l’IGF, ce contrat aurait été conclu par entente directe, en l’absence de publicité préalable, une situation contraire au principe de mise en concurrence exigé pour les travaux publics. LICOCO s’interroge également sur le coût global du bâtiment, jugé élevé pour une structure de deux niveaux.

Un financement qui soulève d’autres questions
Les deux projets sont financés à partir d’un emprunt de 20 millions USD contracté par la province auprès d’une banque commerciale. Pour LICOCO, le manque de transparence autour de ce crédit alimente les inquiétudes : aucun document clair ne préciserait l’affectation détaillée des fonds, la hiérarchisation des dépenses ou encore la capacité réelle de remboursement du Gouvernement provincial. L’organisation précise avoir déjà alerté l’IGF à ce sujet par le passé, sans évolution notable.
Des éléments fournis pour appuyer la démarche
Afin d’étayer son signalement, LICOCO affirme avoir remis à l’IGF plusieurs documents : contrats, factures et résultats d’enquêtes préliminaires. Ces pièces, selon l’organisation, permettent de mettre en évidence des indices concordants de collusion, de favoritisme et de surfacturation dans la gestion de ces dossiers.
Un appel à une vérification approfondie

LICOCO estime que les faits dénoncés, s’ils étaient avérés, porteraient atteinte à la crédibilité des institutions provinciales et à la confiance du public. L’organisation plaide pour une intervention rapide de l’IGF afin d’établir les responsabilités, de clarifier les opérations financières et de garantir la protection du patrimoine public.
Un contexte institutionnel sous tension



Dans son courrier, LICOCO souligne également que les démarches de contrôle initiées au niveau provincial seraient confrontées à divers blocages, notamment au sein des instances parlementaires. L’organisation évoque des difficultés rencontrées par une commission d’enquête interne chargée d’examiner les mêmes dossiers.
À ce stade, aucune réaction officielle du Gouvernement provincial n’a été enregistrée. LICOCO, de son côté, appelle à laisser l’IGF mener son travail en toute indépendance, estimant que seule une vérification rigoureuse permettra de lever les zones d’ombre qui entourent ces deux marchés publics.
Josué Muleli