La liberté de la presse en République démocratique du Congo demeure fragile, malgré les changements politiques intervenus au cours des deux dernières décennies. C’est ce que révèle le rapport annuel de l’ONG Journaliste en danger (JED), publié le samedi 22 novembre 2025 à Kinshasa. À travers une analyse comparative des périodes Joseph Kabila (2001-2018) et Félix Tshisekedi (2019-2025), l’organisation dresse un bilan inquiétant de la situation sécuritaire des professionnels des médias.
Un lourd héritage sous Joseph Kabila
Durant les 17 années du régime Kabila, JED a documenté un volume extrêmement élevé de violations des droits des journalistes.
Le rapport fait état de :
15 journalistes assassinés ;
2 disparus ;
172 incarcérations ;
519 interpellations ;
248 cas de torture ou d’agression ;
274 menaces ;
286 pressions judiciaires ou économiques ;
338 entraves à la libre circulation de l’information.
Pour JED, cette période a été marquée par une répression systématique, des services de sécurité omniprésents, et une justice souvent instrumentalisée pour réduire au silence les voix dissidentes.
Sous Tshisekedi, un climat moins violent mais toujours hostile
L’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir avait suscité des attentes fortes en matière de liberté d’expression. Si certaines formes de violences ont diminué, les chiffres compilés depuis 2019 jusqu’en 2025 montrent que la presse continue d’évoluer dans un environnement instable :
12 journalistes tués ;
4 disparus ;
59 incarcérations ;
77 interpellations ;
103 agressions physiques ;
127 menaces ou actes de harcèlement ;
20 pressions administratives ou économiques ;
100 cas d’obstacles à la circulation de l’information.
Un constat préoccupant ressort : le nombre de journalistes actuellement en détention a légèrement augmenté, passant de 24 durant l’ère Kabila à 28 depuis 2019.
Des violences persistantes et une impunité tenace

Malgré les engagements publics du pouvoir actuel, JED souligne que l’impunité reste un frein majeur à l’amélioration de la situation. Les crimes non élucidés, les arrestations arbitraires en période électorale et les entraves dans les zones en conflit sont autant d’indicateurs d’un climat toujours hostile.
« L’environnement reste toxique », insiste le rapport, qui appelle le gouvernement à agir de manière concrète : sécuriser les professionnels des médias, lever les obstacles administratifs ou sécuritaires, et faire toute la lumière sur les assassinats restés sans justice.
Un appel pressant aux autorités congolaises
Face à ces indicateurs alarmants, JED exhorte les autorités à renforcer les mécanismes de protection des journalistes, à sanctionner les auteurs de violations et à garantir une réelle liberté d’informer. Car si les discours officiels se veulent rassurants, la réalité décrite par l’ONG témoigne d’une persistance des attaques contre la presse, quel que soit le régime au pouvoir.
Exode Manonga