La crise qui fracture l’Assemblée provinciale du Kongo Central continue d’exposer au grand jour deux visions irréconciliables de la gouvernance de l’institution. Jeudi 11 juin 2026, le président réhabilité de l’organe délibérant, Papy Mantezolo Diatezua, a réussi à réunir vingt-et-un députés provinciaux à Matadi lors d’une séance de concertation convoquée dans le sillage des consultations menées à Kinshasa sous l’égide du vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani.
Sans être une plénière au sens réglementaire du terme, cette rencontre avait pour objectif de dégager des pistes de sortie de crise et de répondre aux recommandations formulées par le pouvoir central. Sur les quarante députés que compte l’Assemblée provinciale, vingt-et-un ont répondu à l’appel, franchissant ainsi le seuil de la majorité absolue.

Mais derrière cette démonstration numérique, une réalité politique demeure : les élus proches du président contesté Victor Nsuami Mpaka ont une nouvelle fois choisi de ne pas participer aux travaux. Une absence remarquée qui prolonge la stratégie de boycott observée lors des précédentes initiatives de rapprochement entre les deux camps.
À l’issue des échanges, les participants ont décidé de transmettre au vice-Premier ministre de l’Intérieur le procès-verbal de la réunion afin de rendre compte de l’évolution du dossier. Ils ont également identifié plusieurs priorités appelées à être examinées lors d’une prochaine plénière, notamment la complétion du bureau de l’Assemblée provinciale, la question du statut de Nkamba ainsi que d’autres dossiers institutionnels et de développement jugés urgents pour la province.

Face à la presse, Papy Mantezolo a insisté sur la nécessité de remettre l’Assemblée provinciale au cœur de sa mission première. « L’heure est au travail et à la recherche des solutions pour le Kongo Central », a-t-il déclaré, appelant les élus à dépasser les clivages qui paralysent l’institution depuis plusieurs mois.
Cette concertation intervient alors que le délai accordé par le ministère de l’Intérieur aux députés provinciaux pour trouver un terrain d’entente touche progressivement à son terme. Malgré les efforts de médiation engagés à Kinshasa, aucun consensus global n’a encore émergé entre les protagonistes de la crise.

Le contraste est désormais saisissant : d’un côté, un bureau réhabilité qui revendique le soutien de la majorité des élus présents ; de l’autre, un camp qui continue de contester la lecture faite de l’arrêt de la Cour constitutionnelle et refuse de s’associer aux initiatives conduites par ses adversaires politiques.
Dans cette équation institutionnelle encore inachevée, la réunion de Matadi n’a pas mis fin à la crise. Elle a toutefois révélé une réalité politique difficile à ignorer : malgré les appels au dialogue et les interventions du pouvoir central, les lignes de fracture restent profondément ancrées au sein de la première institution politique du Kongo Central.
Josué Muleli
